Lorsqu'on regarde les Dix commandements à dix ans, on est émerveillé par la mer Rouge se séparant en deux. Quand on le regarde à 18 ans, on est saisi par les costumes, les décors, la beauté de José Derek et les abdominaux de Yul Brynner (un peu ceux de Charlton Heston, aussi). Dans les deux cas, on trouve le film bien long. Et lorsque on visionne, longtemps après, le film-signature de Cecil B. DeMille, on reste époustouflé par le souffle épique qui s'en dégage. Histoire sacrée, histoire profane, rivalité fraternelle et amours contrariées, moments intimistes et scènes épiques, polythéiste et monothéiste: tout se mêle avec un soin inégalé dans cette épisode fameux de la Genèse.

MoÏse l'Égyptien, entre Josué et Baka

Esclaves dans le pays d'Égypte, les Hébreux espèrent la venue d'un libérateur. Une prophétie l'annonce pendant le règne de Ramsès Ier; le pharaon décide de faire tuer tous les nouveaux-nés mâles d'Israël. Un bébé échappe, fils de Yochebél, y échappe: sa mère le confie au Nil. Le panier d'osier - et le bébé - sont reccueillis par la fille de Pharaon, Bitiah (Nina Foch). Celui-ci l'élève comme un prince de la maison d'Égypte. Quelque vingt ans plus tard, l'enfant, Moïse (Charlton Heston) est devenu un conquérant et un bâtisseur estimé par son oncle, Séthi Ier (Sir Cédric Hardwicke), jalousé par le fils de ce dernier, Ramsès (Yul Brynner), et aimé par la future reine, Néfertari (Anne Baxter). A la faveur d'une insdiscrétion de la vieille nourrice Memnet (Judith Anderson), Moïse apprend qu'il n'est pas né prince d'Égypte mais Hébreu, comme ces esclaves qui bâtissent sa cité. Ébranlé par cette révélation, Moïse part à la rencontre de ce peuple, pour comprendre "comment un humain peut naître libre, et comment un autre peut naître esclave".

la reine Néfertari et le prophète

Ainsi que nous l'avions mentionné lors de la chronique Samson et Dalila, la devise de M. DeMille, fils de pasteur, était "Dieu et sexe". Le paganisme et le monothéisme, la sensualité débridée égyptienne et l'ascétisme hébreux s'accordent finalement très bien, sans qu'aucun d'eux ne perde de sa force. Le cinéaste, enfant du XIXe siècle, débutant derrière la caméra en 1914, emporte avec lui toute l'esthétique victorienne, celle d'un exotisme sulfureux mâtiné de sentiments grandioses, mêlant histoire sainte et pompiérisme, égyptianisme rêvé et Foi inébranlable en un Dieu sévère. Encore aujourd'hui, on demeure stupéfait par cette fresque grandiose que sont les Dix commandements. La mer Rouge s'ouvrant en deux laisse sans voix, le départ des Hébreux pour la Terre promise est spectaculaire, la construction de la ville égyptienne est un véritable mémo du parfait petit architecte égyptien... et les scènes conjugales entre Ramsès et Néfertari, après le départ des Hébreux, sont saisissantes de fierté mal contenue et d'amour blessé. 

les deux rivaux

Vous l'aurez compris: les Dix commandements reste la référence en matière de péplum religieux. Et Charlton Heston, le seul et unique Moïse de l'histoire du cinéma. Régalez-vous!

affiche Dix commandements

LES DIX COMMANDEMENTS (THE TEN COMMANDMENTS)

Paramount, 1956

Réalisation: Cecil B. DeMille

Photographie: Loyal Griggs

Distribution: Charlton Heston (Moïse), Yul Brynner (Ramsès II), Anne Baxter (Néfertari), Edward G. Robinson (Dathan), Yvonne De Carlo (Séphora), Debra Paget (Lilia), John Derek (Josué), Sir Cédric Hardwicke (Séthi Ier), Nina Foch (Bitiah), Martha Scott (Yochébel), Judith Anderson (Memnet), Vincent Price (Baka),

Films de Cecil: le Coeur nous trompe, Samson et Dalila

Films avec Charlton: Ben-Hur

Films avec Yvonne: l'Esclave libre

Films avec Debra: la Proie

Films avec Vincent: Laura

Films avec Judith: Rébecca, Laura

Premier visionnage: cassette vidéo