Un certain cinéma !

12 février 2017

les Espions s'amusent, de Josef von Sternberg (1957): John Wayne sous le charme d'une Russe nommée Janet Leigh

Découverte inattendue en plein après-midi, sur Arte: les Espions s'amusent, un film sympathique réunissant un couple improbable - Wayne et Leigh - , des avions, et une histoire d'espionnage période Guerre froide. Ça vous rappelle quelque chose? Oui, c'est un peu comme Ninotschka (ici) ou Camarade X. Pas le chef-d'oeuvre du siècle, mais chouette à voir.

Annex - Leigh, Janet (Jet Pilot)_04

L'histoire, très simple: dans les années 50, en Alaska, une patrouille de pilotes capture un avion soviétique. Ce dernier est commandé par une séduisante Russe, Anna Marladovna (Janet Leigh). Elle demande l'asile politique. Asile accepté, et d'autant plus que le lieutenant Shannon (John Wayne), qui l'a capturée, tombe sous son charme. Mariés, Shannon découvre que son épouse est en fait une espionne. 

Le titre français du film résume finalement assez bien le propos: on espionne, certes, mais avec légèreté et bonne humeur. John Wayne, débonnaire comme jamais et avec des cheveux, succombe sans résistance aux courbes affolantes de Janet Leigh. Miss Leigh, avec un accent russe valant bien celui de Garbo, promène sa slihouette de rêve et sa répartie cinglante dans des décors saturés de Technicolor. Couple inattendu, certes - Wayne a cinquante ans, Leigh trente - , mais ça marche. Les avions, on s'en doute, sont mis à l'honneur: loopings, ballets, mécaniciens, on n'en rate pas une miette. Ce n'est pas pour rien qu'Howard Hughes, le milliardaire complètement fêlé, adorait ce film.

parés au décollage

Les avions, justement, font également penser aux Anges de l'enfer, film d'aviation bricolé par Hughes (et qui révéla Jean Harlow). Mais la comparaison s'arrête là: les Espions s'amusent est un bon, très bon divertissement. Et en plus, on rigole. Je pensais à un réalisateur comme Raoul Walsh ou Howard Hawks - mais non, c'est le démiurge de Marlène, Sternberg, qui signe le film (et ce fut le dernier). C'est bien l'information la plus stupéfiante. Ne cherchez plus, vous avez de quoi passez un agréable moment. Et Janet Leigh dans sa combinaison dorée et héliotrope (si, si)... ça vaut le détour.

à la base

LES ESPIONS S'AMUSENT (JET PILOT)

Universal, 1957

Réalisation: Josef von Sternberg

Photographie: Winton C. Hosh

Distribution: John Wayne (Colonel Jim Shannon), Janet Leigh (Lieutenant Anna Marladovna), Jay C. Flippen (Major Black)

Films de Josef: Agent X-27, Coeurs brûlés, Shanghai Express

Films avec John: l'homme qui tua Liberty Valance

Au sujet de Janet: le sport, c'est mieux en couple


09 février 2017

la Vérité, d'Henri-Georges Clouzot (1960): une fille libre face à ses juges

1960. Aux assises de la Seine comparaît Dominique Marceau, jeune fille blonde sans profession, pour le meurtre de son amant Gilbert Tellier. Défendue par un vieux routier des assises, jugée par une cour et un jury composés d'hommes de trois fois son âge, Dominique raconte l'histoire de sa vie. Et c'est moins les motifs de son geste que sa liberté d'allure qui est au centre des débats.

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On peut simplement résumer la Vérité comme un affrontement entre jeunesse et vieillesse - du moins le monde des adultes installées. On aurait à craindre l'illustration de cette fameuse jeunesse libre de Saint-Germain-des-Prés, tellement ressassée, honorée et disséquée qu'aujourd'hui elle ne choque personne; on a même du mal à croire à son défi des conventions tant elle paraît lisse. Eh bien, dans la Vérité, on confronte le monde des adultes respectables, établis, ayant leur vie derrière eux, dans la salle d'une cour d'assises, à un élément de cette jeunesse libre, représenté par la plus libre et la plus pourchassée des comédiennes de l'époque, Brigitte Bardot.

Comment est-elle, cette jeunesse que les juges ne comprennent pas, qu'ils considèrent comme veule, oisive, de mauvais aloi? Elle s'ennuie. "Elle ne croit plus à la morale hypocrite de nos parents". "Je ne voie pas ce qu'il y a d'honnête à se faire épouser". "Vous fréquentez les cafés. Vous allez jusqu'à trois fois par semaine au cinéma. Cette vie déréglée aboutit à sa conséquence logique: vous prenez un amant." Que fait-elle, cette jeune femme montée à Paris avec sa soeur? "Moi, je fais... un peu rien". 

les deux amants (à la ville comme à l'écran)

Dominique, libre, blonde et cheveux au vent, suit Annie, sa soeur, brune, violoniste, cheveux lissés et bien sous tous rapports. Annie a un camarade, Gilbert Tellier, le meilleur élément du Conservatoire de musique, où elle poursuit ses études. Gilbert, après avoir vu Dominique, la poursuit. Elle s'amuse, poursuit ses aventures, cède. C'est moins le meurtre de Gilbert que sa vie à elle qui intrigue les juges.

Il n'y a pas à dire: en 1960, la qualité des dialogues était au rendez-vous. C'est un festival de rhétorique, de rosseries, d'épigrammes et de saillies particulièrement inspirées, notamment dans la bouche des deux avocats, Paul Meurisse pour la partie civile, Charles Vanel pour la défense. Paul Meurisse est odieux, comme d'habitude, voire ignoble avec Dominique ("ce n'était jamais que la troisième ou quatrième tentative de suicide! décidément, vous ne réussissez que vos assassinats). Charles Vanel, père tranquille, sans illusions sur la personnalité de sa client ("une sotte qui a cru à un rêve"), solide comme un roc, ferraille à la fois avec les préjugés des juges et ceux des jurés. Le président, Louis Seigner, est tout aussi dubitatif que scandalisé par la vie de l'accusée. 

sous la chemise à carreau, Jacques Perrin

Et la bande de Dominique? c'est l'occasion de voir des acteurs parfois oubliés, souvent à leurs débuts, tous admirables de justesse et de facilité: Marie-José Nat, jeune première de l'époque, Jean-Loup Reynold, visage taillé à la serpe, André Oumasky, jeune patron de boîte de nuit embauchant Dominique, le tout jeune Jacques Perrin (avant Demy!), le non moins jeune Claude Berri... et Sami Frey, âgé de 20 ans, incarnant le fameux Gilbert, déjà beau comme un dieu. 

Toutes les apparences sont contre Dominique. Elle est seule, face à une cour d'hommes. Son explication avec sa soeur est terrible. Sa rébellion face à la Cour est mémorable. La Vérité, laquelle? celle de Dominique, de ses amis, de Gilbert, de la Cour, de l'avocat de la partie civile, de l'avocat de la défense? Faites-vous votre idée en regardant un noir et blanc toujours actuel.

affiche

LA VÉRITÉ

Raoul Lévy, 1960

Réalisation: Henri-Georges Clouzot

Photographie: Armand Thirard

Distribution: Brigitte Bardot (Dominique Marceau), Charles Vanel (Maître Guérin), Marie-José Nat (Annie Marceau), Louis Seignier (le président de la Cour), Jacqueline Porel (l'assistante de Maître Guérin), André Oumansky (Ludovic Toussaint), Sami Frey (Gilbert Tellier), Paul Meurisse (Maître Éparvier)

Premier visionnage: Arte

Films avec Brigitte: le Mépris

Films avec Sami: César et Rosalie

Films avec Charles: la Belle équipe

07 février 2017

Plein soleil, de René Clément (1960): le ciel, le soleil et un meurtre

Premier film avec Alain Delon en tête d'affiche, Plein soleil réchauffe l'atmosphère de l'hiver 1960. On propose, au début du projet, le rôle du fils de famille au jeune Delon; refus de l'acteur, qui exige l'autre rôle, le premier, celui du voyou. René Clément refuse... jusqu'à ce que son épouse, Bella, lui enjoigne de donner le rôle de Tom Ripley au comédien.

qui mangera l'autre?

Un milliardaire américain envoie en Italie un jeune homme désargenté, Tom Ripley (Alain Delon), afin de ramener son fils au bercail. Philippe Greenleaf (Maurice Ronet), c'est son nom, embarque Tom dans ses vacances illimitées au soleil, et en fait son homme à tout faire. Dans l'intimité de ce fils de milliardaire, qui l'humilie, et de la maîtresse de ce dernier, Marge (Marie Laforêt), qui l'attire, Tom prend goût à la vie facile de Philippe. Au cours d'un croisière, il lui annonce qu'il va le tuer et prendre sa place.

Un film noir, bien noir, filmé en couleurs naturelles claires, très claires, voire éblouissantes. La noirceur des desseins de Tom, la désinvolture mesquine de Philippe ont pour cadre un ciel d'Italie radieux, une mer Méditerranée surchargée de lumière. Et du bleu, partout: dans les appartements, les villes, les restaurants, les chaussures, jusque dans les yeux des trois protagonistes. Du bleu, et du blanc aussi: le bateau, les murs des villes côtières, les vestes des plaisanciers et les tenues d'intérieur de Marge. C'est l'occasion de voir un monde disparu: celui des lettres de change, des appels interurbins, des indicateurs des chemins de fer, des PCV, des billets au format A3, des portières jamais fermées à clef.

Tom en plein rêve

La beauté d'Alain Delon, alors âgé de vingt-cinq ans, éclate sur la pellicule: visage enfantin et ambigu, il s'impose définitivement dans ce film, qui lui vaudra d'être remarqué par Luchino Visconti. Mais Plein soleil, c'est aussi l'occasion de se rappeler que René Clément était un grand artisan, un cinéaste sûr de ses gestes - la scène du meurtre est, à ce titre, un morceau de bravoure. C'est aussi l'occasion de revoir la beauté tout à la fois fascinante et déconcertante de Marie Laforêt (vingt et un ans lors du tournage). Et de revoir Maurice Ronet, jeune premier de l'époque, incarnant un Philippe aussi retors que Tom, et dont les yeux clairs illuminèrent longtemps le cinéma français.

Chaussez vos lunettes de soleil et laissez-vous envoûter!

affiche Plein soleil

PLEIN SOLEIL

Paris Film Production, 1960

Réalisation: René Clément, d'après le roman Monsieur Ripley, de Patricia Highsmith

Photographie: Henri Decaë

Distribution: Alain Delon (Tom Ripley), Marie Laforêt (Marge), Maurice Ronet (Philippe Greenleaf)

Premier visionnage: DVD

30 janvier 2017

l'Héritière, de William Wyler (1949): Olivia de Havilland resplendit chez Henry James

L'Héritière est un film figurant dans toutes les annales cinématographiques: c'est grâce à son rôle de Catherine Sloper qu'Olivia de Havilland reçut son second Academy Award, en 1949. Pourtant, à l'instar de nombre de films de William Wyler (à l'exception notable de Ben-Hur), il est rarement visible. Pourquoi? mystère.

la première rencontre

L'histoire est tirée d'une pièce de théâtre, elle-même inspirée du roman Washington Square d'Henry James. Une demoiselle d'un certain âge vit dans une grande maison avec son père (Ralph Richardson), veuf et reclus dans le souvenir de sa défunte épouse. Convaincu que sa fille, Catherine, est d'une tournure ingrate, il soupçonne le peu de soupirants qui se présente à elle de n'en vouloir qu'à son argent. Lors d'une soirée, Catherine rencontre Morris Townsend (Montgomery Clift). Il lui fait une cour immédiate et empressée, à la grande surprise de Catherine, et à la grande joie de sa tante, Mme Penniman (Miriam Hopkins), la seule à égayer la vie de la jeune fille. Catherine, réservée et certaine de son insignifiance, se laisse convaincre par Morris de son amour pour elle. Mais son père ne voit pas une alliance avec ce jeune homme sans espérances d'un bon oeil...

Morris et Catherine

Film égale, sobre, d'une grande justesse de ton et servi par des acteurs au meilleur de leur jeu, l'Héritière est une pépite à découvrir. C'est du Henry James, mais le côté parfois empesé des adaptations des oeuvres de l'auteur n'existe pas. Dialogues limpides et scènes parfaitement équilibrées se conjuguent avec le caractère de Catherine Sloper, l'héroïne: timide mais brûlant d'un feu devant l'amour déclaré de Morris, élégante sans afféterie, tenance dans ses décisions, cruelle... quand la trahison viendra détruire ses espoirs.

anniversaire sur le plateau: Olivia, William et Miriam

Les acteurs n'ont pas la part la plus maigre dans la réussite du film. Miriam Hopkins, star des années 30, inoubliable vedette de Cette sacrée vérité et de Haute pègre, est ici fantastique en tante évaporée de Catherine, ne songeant qu'à marier sa nièce... mais lucide quant exigences des coureurs de dot. Ralph Richardson est un Dr Slopper hautain, cassant, sûr de son jugement sur sa fille et sur Morris. Montgomery Clift joue, avec l'Héritière, dans son quatrème film. C'est son premier grand rôle, deux ans avant Une place au soleil. Ambigu, portant beau, sincère ou manipulateur, son personnage reste... indéchiffrable. Quant à Olivia de Havilland, elle signe là l'une de ses plus belles créations. Dans le rôle d'une fille craintive terrassée, à son corps défendant, par l'amour, elle déploie des ressources dramatiques et comiques admirables. Son métier ne se voit pas tant il est fin: et c'est un régal de voir une actrice jouer un rôle complexe sans esbrouffe ni effet de manche. Catherine aime passionnément, d'une ardeur dont elle s'ignorait être capable; quand son amour lui est volé, elle se venge... avec autant d'ardeur qu'elle a aimé.

Comment expliquer la scène finale - admirable - du film? Chacun se fera son idée. J'ai la mienne. Et, encore aujourd'hui, on débat du sens que William Wyler, admirable de finesse, voulût donner au geste de Catherine. Régalez-vous.

affiche Héritière

L'HÉRITIÈRE (WASHINGTON SQUARE)

Paramount, 1949

Réalisation: William Wyler, d'après la pièce de Ruth et Augustus Goetz, elle-même tirée de Washington Square, d'Henry James

Photographie: Leo Tover

Distribution: Olivia de Havilland (Catherine Sloper), Motgomery Clift (Morris Townsend), Ralph Richardson (Dr Sloper), Miriam Hopkins (Mme Penniman)

Premier visionnage: Filmothèque du quartier latin

Films avec Olivia: Captain Blood

Films avec Miriam: Sérénade à trois

Film avec Motgomery: les Désaxés

Au sujet d'Olivia: les soeurs de Beauvoir de Havilland

29 janvier 2017

la Belle équipe, de Julien Duvivier (1936): cinq compères gagnent le gros lot

Film symbole des années 30, du Front populaire et des lendemains qui chantent, la Belle équipe, chef-d'oeuvre de Julien Duvivier, est pourtant très difficile à voir. La raison? une guerre entre l'héritier Duvivier et un éditeur potentiel au sujet de la fin du film. Le cinéaste avait tourné une fin tragique; jugée trop négative, les producteurs exigèrent une autre fin, optimiste. Le film, exploité ainsi en 1936, n'a aucun succès. Et pendant soixante ans, Duvivier fils et éditeur se déchirèrent au sujet de la fin à choisir, rendant impossible tout exploitation du film. Je l'ai découvert en 2016 à la faveur d'un cycle Julien Duvivier, sur Arte. Avec la fin voulue par le réalisateur.

les compères

Cinq ouvriers parisiens au chômage, Jean (Jean Gabin), Charlot (Charles Vanel), Tintin (Raymond Aimos), Jacques (Charles Dorat) et Mario (Raphaël Médina), inséparables, gagnent le gros lot à la loterie. Fous de joie, chacun fait des projets sur l'utilisation de la somme, qui doit être partagée en cinq. Jean, qui est un peu le chef, propose, à l'occasion d'une promenade sur les berges de la Seine, d'acheter un vieux moulin abandonné, de le retaper et d'en faire une guinguette. Tous sont enthousiastes, mais l'équilibre du groupe se révèle fragile: Mario, réfugié espagnol, est menacé d'expulsion, Jacques s'éprend d'Huguette (Micheline Cheirel), la... fiancée de Mario, et Charlot est toujours attaché à son épouse qui l'a quitté, une brune croqueuse de diamants (Viviane Romance).

Jean, Charlot, Tintin, Jacques, Huguette et Mario

C'est toujours une grande joie de regarder un film de Duvivier: son métier, son aisance, sa direction, toujours très sûre, traversent ses différentes réalisations. La Belle équipe appartient aux oeuvres optimistes du mitant des années 30, dépeignant souvent le milieu ouvrier, rejoignant celles de Jean Renoir, de Marcel Carné, de René Clément. La fluidité du récit emmène, sans que l'on s'en rende compte, de la joie à la tragédie. Tel les Dix petits nègres d'Agatha Christie où tous meurent un par un, la "belle équipe" se désagrège. Un s'enfuit, un autre est expulsé, un troisième passe de vie à trépas... et les deux derniers se battent pour la même femme. Malgré ces vicissitudes, la guinguette ouvre. Jean Gabin y chante le fameux Quand on se promène au bord de l'eau, qui deviendra un des grand succès de l'époque. Et le drame aura lieu le jour de l'inauguration, inévitable.

Jean et Gina

La Belle équipe, c'est aussi l'occasion de voir une rimbambelle de comédiens et de comédiennes, premiers ou seconds rôles, venus du théâtre ou du cinéma muet, et qui poursuivront une belle carrière: Gabin bien sûr, mais aussi Charles Vanel (avec des cheveux noirs!), Viviane Romance, vamp du cinéma de l'époque, Raymond Aimos, abattu lors de la Libération de Paris dans la voiture qu'il partageait avec des FFI, Charles Dorat, qui se spécialisera dans les adaptations cinématographiques, Micheline Cheirel, silhouette familière des années 30, Charpin, inoubliable Panisse, ou encore Marcelle Géniat, gloire du muet. Seul Raphaël Médina a disparu des radars. Rejoignez cette Belle équipe, vous ne le regretterez pas.

affiche la Belle équipe

LA BELLE ÉQUIPE

Arys Production, 1936

Réalisation: Julien Duvivier

Photographie: Jules Krüger et Marc Fossart

Distribution: Jean Gabin (Jean), Charles Vanel (Charlot), Viviane Romance (Gina), Charles Granval (le père Guilard), Charles Dorat (Jacques), Raphaël Médina (Mario), Robert Lynen (le frère de Tintin), Aimos (Tintin), Micheline Cheirel (Huguette), Marcelle Géniat (la grand-mère d'Huguette), Raymond Cordy (ivrogne), Jacques Baumer (le propriétaire), Charpin (le gendarme)

Premier visionnage: Arte

Films avec Jean: French cancan


28 janvier 2017

la Passion de Jeanne d'Arc, de Carl Theodor Dreyer (1927): Jeanne face à ses juges

Film qui a fait date dans l'histoire du cinéma mondial, j'eus la chance de voir cette Passion de Jeanne d'Arc à la Cinémathèque française, avec un accompagnement au piano donné par Jean-François Zygel en personne. Cinéaste à la carrière longue, Dreyer tourna pourtant peu: quatorze films entre 1918 et 1964. Sa Passion, tournée lors des dernières heures du parlant, est un chef-d'oeuvre à découvrir.

célébrissime image du film

L'histoire est limpide: Jeanne a été arrêtée. Elle est jugée par un collège de religieux pour ses actes et sa tenue masculine. Mise à la question, elle avoue ses "péchés", puis se retracte, le visage illuminé par sa foi. Elle est finalement menée au bûcher et brûlée devant la population.

Le visage de Jeanne, c'est celui de Falconetti. Une comédienne de théâtre, nommée parfois Renée Falconetti ou Mlle Falconetti selon les distributions, qui irradie dans le rôle de Jeanne et marque à jamais l'image de la guerrière vierge au cinéma. Son visage aux traits peu marqués, ses cheveux coupés ras offrant un halo à son front admirable, ses mains magnifiquement expressives et ses yeux, dévorants, humides et presque fous, tout contribue à faire de Jeanne l'image de la foi et de la pureté face à un collège d'hommes, aux traits creusés et anguleux, vieux, en meute face à Jeanne seule. Dreyer en fait une brebis harcelée par des loups, une martyre face à la meute. 

la Passion de Jeanne d'Arc

On peut craindre, avec un sujet aussi mince, un film contemplatif: il n'en est rien. Le cinéaste avait prévu de faire un film parlant. Or, des soucis techniques l'amènent a reconsidérer sa position, et c'est un muet qui se tourne, mais avec un rythme caractéristique du parlant: saccadé, rapide, nerveux. Les prises de vue, géométries admirables, avec des noirs, des blancs et des gris somptueux, offrent une vision terrifiante de la fin de Jeanne. Le seul rayon d'espoir vient d'un des religieux, jeune et encore à l'écoute de sa foi, qui doute de la culpabilité de Jeanne. Il s'interroge, tente une explication, puis la laisse partir vers son destin.

Jeanne souffre sa Passion, et c'est terrible. Falconetti, son interprète, qui marque ainsi l'histoire du cinéma, finira tristement: après quelques rôles au théâtre (notamment Andromaque lors de la création de la Guerre de Troie n'aura pas lieu, avec mise en scène de Louis Jouvet), elle s'exile en Argentine pendant la Seconde Guerre mondiale et s'y donne la mort, en 1946.

affiche Passion de Jeanne d'Arc

LA PASSION DE JEANNE D'ARC

Société Générale des Films, 1927

Réalisation: Carl Theodor Dreyer

Photographie: Rudolph Maté

Distribution: Falconetti (Jeanne), Silvain (l'évêque Pierre Cauchon)

Premier visionnage: Cinémathèque française.

20 décembre 2016

Cliché du jour: Tuesday Weld

Miss blondinette

Égale de Sandra Dee à son époque, Tuesday Weld fut, de toutes les teenagers lancées à la fin des années 50, la seule a faire une seconde carrière après son adolescence. Son premier fait d'armes remarquable, c'est dans la Brune brulante,  à 15 ans. L’essentiel de sa séduction tient à sa fragilité, et celle-ci lui permet des compositions « meurtries » qui sont les meilleures de sa carrière. à voir pour son minois adorable : les Lauriers sont coupés, Appartement pour homme seul, la Dernière bagarre, le Kid de Cincinnati, les Pervertis et le Pays de la violence.

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11 décembre 2016

Cliché du jour: Fay Wray

Wray, Fay_06

Une photo où Fay Wray n'est pas cernée par des monstres en tous genres! Tenue printanière, sourire mutin, pose coquette, Fay Wray est à l'aise aussi bien devant l'objectif que face à King Kong. Ainsi que l'écrit le Larousse du Cinéma, Fay Wray, " Iphigénie permanente qu’Hollywood, d’abord inspiré par Erich von Stroheim, va jeter en pâture à ses dieux et à ses monstres, cette aimable beauté, bien sûr toujours sauvée, gagne aux désordres du désespoir et de l’épouvante : ils ajoutent le sel des larmes à ses lèvres boudeuses et des éclairs à ses yeux étonnés." Née en 1907, elle fait de la figuration par hasard puis débuta véritablement en 1928: La Marche nuptiale et Mariage de prince lui apportent la gloire, double film sadique de Stroheim. Sa rencontre avec Merian C. Cooper et Shoedsack est décisive: Quatre plumes blanches, les Chasses du comte Zaroff et bien sûr King Kong. Après, la routine jusqu'à la Toile d’Araignée. C’est son dernier rôle notable – aux côtés de Lillian Gish – et elle avait tourné dans plus de soixante-dix films. Elle s'éteint paisiblement en 2004, à 97 ans.

22 novembre 2016

Carnet mondain de 1939

En 1939, après de longs mois de suspens, la MGM et son magnat, Louis B. Mayer, sont aux anges: on peut enfin marier la plus grande star masculine, le King, Clark Gable, avec une autre star longtemps sous contrat, la reine des comédies américaines, Carole Lombard

le gâteau de noces

Pourquoi cette longue attente? les deux vedettes se connaissent depuis 1932 et le tournage d'Un mauvais garçon. Elles entament une liaison quatre ans plus tard, en 1936, mais ne peuvent s'afficher ensemble (sauf dans des cercles restreints). La raison? Clarki est marié à Rhea Langham (vingt-deux années de plus que l'acteur), et cette dernière refuse catégoriquement le divorce. Il faudra de longues tractations à l'acteur, avec intervention de Louis B. Mayer, avant que Mme Langham se résigne. La condition? une pension alimentaire confortable... qui représente l'intégralité du cachet du King pour son rôle dans Autant en emporte le vent.

à la première d'Autant en emporte le vent

Et c'est ainsi que le 29 mars 1939, durant le tournage du plus grand film hollywoodien, Carole et Clark s'unissent pour la plus grande joie des producteurs et des spectateurs. Ils s'installent dans l'ancien ranch de Raoul Walsh, élèvent poules et chevaux, vivent avec chiens et chats. Ce sera la période la plus heureuse de la vie de Clarki.

La suite, bien sûr, tout le monde la connaît. Les États-Unis entrent en guerre en 1941. Carole Lombard s'active pour récolter des bons et mobiliser la population. En janvier 1942, l'avion au bord duquel elle voyage s'écrase dans le Nevada. L'actrice est déclarée "première victime civile" de la guerre, le président Franklin D. Roosevelt envoie un télégramme de condoléances au veuf, effondré. "Il ne fut plus jamais le même homme, écrira Esther Williams. Son coeur était brisé."

première rencontre sur le plateau d'Un mauvais garçon

Des films avec Clarki? l'Esclave libre, les Désaxés, Franc jeu, la Belle de Saïgon, Fascination, l'Appel de la forêt, la Courtisane, et l'origine de son surnom

15 novembre 2016

Cliché du jour: Diana Wynyard

pose de reine

Les poses hiératiques de déesses cinématographiques ne sont pas dévolues à Marlène Dietrich ou Greta Garbo! Diana Wynyard, grande vedette de la scène britannique, assume sans crânerie son statut. À Hollywood, elle triomphe principalement dans Cavalcade, en 1933. Elle participe à quelques films moins importants et revient dans son pays natal peu avant la Seconde Guerre mondiale, où elle tourne dans trois classiques du cinéma britannique des années de guerre : Gaslight (de Thorod Dickinson, à ne pas confondre avec Hantise de George Cukor), où elle joue l’épouse terrorisée, Kipps et le Premier ministre.