Film très rarement diffusé, j'ai eu la chance de voir Falbalas un soir un 23h sur Arte, lors d'un cycle Jacques Becker (concommittant avec celui que lui consacre la Cinémathèque). Falbalas, comme son nom l'indique, a pour cadre une maison de couture parisienne et suit les tribulations d'un couturier pour dames, Philippe Clarence. Malgré son sujet, le film est tout sauf frivole. Jugez plutôt.

séance de travail

Philippe Clarence (Raymond Rouleau), grand couturier parisien, rencontre et tombe amoureux de Micheline Lafaurie (Micheline Presle), fiancée de son fournisseur et ami Daniel Rousseau (Jean Chevrier), un soyeux lyonnais. Clarence, séduit par l'allure de la jeune fille, lui offre de lui confectionner sa robe de mariée. Micheline découvre la maison de couture de Philippe, son armée d'ouvrières... et les anciennes amours du maître des lieux. Par habitude, et parce qu'il en a besoin pour créer, Philippe fait la cour à Micheline, puis la délaisse aussi vite. La jeune fille ne peut désormais plus se marier. La collection est finie. Clarence, rassuré par son inspiration, tente de reconquérir Micheline, qui lui assène un refus catégorique, tandis que Daniel le met dehors. Le jour de la présentation de la collection, le couturier est introuvable... 

le couturier et la demoiselle

Autant le dire tout de suite: Falbalas s'ouvre sur un maccabé enlaçant un mannequin vêtu d'une robe de mariée. Des ouvrières regarde l'homme, en disant : "c'est la première fois qu'il a l'air heureux". On peut découper la trame narrative en deux parties. La première se vit comme un vaudeville léger, se tenant dans une maison de couture. Vocabulaire précis, ouvrières choisis, affaires traités, clientes et modèles, plus la séduction qu'opère Philippe sur Micheline: une véritable bulle de fraîcheur, savoureuse dans ses dialogues, ses gestes, ses personnages. On passe au drame dans la seconde: le couturier se sert des femmes pour créer, et finalement se laisse prendre à son propre jeu. Rejeté par Micheline, par Daniel, dépassé par le succès de sa collection alors qu'il ne rêve plus que de Micheline, Philippe Clarence passe de l'autre côté. Le rêve, l'onirisme arrive à l'écran, et nous sommes dans les Visiteurs du soir.

plumes et pompons

Un mot des acteurs? Raymond Rouleau incarne le personnage qui a fait son succès à l'écran, celui d'un séducteur ironique et désinvolte; la révélation de son amour pour Micheline n'en sera que plus troublant. Il donne la réplique à l'une de ses trois épouses, Françoise Lugagne, qui joue le rôle doux-amère d'une ancienne maîtresse du couturier, Anne-Marie, travaillant encore dans la maison comme première vendeuse. Micheline Presle, le plus beau visage du cinéma français des années 40, promène son élégance, ses yeux clairs et sa voix calme avec une grâce toute particulière. Enfin, mentionnant Gabrielle Dorziat, grande dame du théâtre (premiers rôles en 1899!) et qui épousa un cousin du roi Fouad d'Égypte, le comte Michel de Zogheb, En 1945, elle poursuivait tranquillement son chemin à l'écran, diction parfait, maintien à l'ancienne, dans le rôle du bras-droit du couturier, canalisant ses aigoisses, mais ne pouvant l'apaiser.

Et les tenues, me direz-vous? Elles sont signées Marcel Rochas. Les chapeaux sont de la modiste Gabrielle. Si vous souhaitez voir un instantané de la mode de l'immédiate après-guerre, regardez Falbalas. On n'a jamais revu cette mode si particulière: épaules carrées, longueur jupe sous le genoux, souliers compensés en liège, bref des apprêts simples et fonctionnels. Quant aux chapeaux... on n'en reverra jamais de tels. Aussi hauts et larges que des coiffes médiévales, couvrant intégralement les cheveux (pour dissimuler les pénuries de shampooing)... imposant, c'est le mot. Il n'y a que Mlle Presle pour les porter avec autant d'allure.

Bon film!  

affiche Falbalas

FALBALAS

Essor Cinématographique Français, 1945

Réalisation: Jacques Becker

Photographie: Nicolas Hayer

Distribution: Raymond Rouleau (Philippe Clarence), Micheline Presle (Micheline Lafaurie), Jean Chevrier (Daniel Rousseau), Gabrielle Dorziat (Solange), Jeanne Fusier-Gir (Paulette)

Premier visionnage: Arte

Films de Jacques: Édouard et Caroline