Un homme, seul, dans un appartement sommairement meublé. Un oiseau en cage chante. Les teintes sont grises - comme les murs et le temps - et bleues - comme la robe de l'oiseau et les yeux de l'homme. C'est l'antre de Jef Costello, tueur à gages solitaire. Déambulant affublé d'un imperméable beige et d'un feutre mou, mâchoire serrée, démarche rapide et regard aux aguets, il part, à la nuit tombée, honorer un contrat. Le patron d'une boîte de nuit est la victime. Discret, efficace, Jef Costello est néanmoins remarqué par la pianiste de la boîte. Le lendemain, un coup de filet de la police le place parmi les suspects. La pianiste, contre toutes attentes, affirme qu'elle ne le reconnaît pas; Jef repart toucher l'argent de son meurtre: le commanditaire, mystérieux, refuse. Après avoir manqué de se faire tuer à la gare Masséna, Jef comprends qu'on en veut à sa vie, et qu'il est désormais seul.

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Jean-Pierre Melville, malgré sa dégaine de cow-boy, était un grand admirateur de la civilisation asiatique: le Cercle rouge débute avec une citation du Ramakrishna, le Samouraï avec le Bushido, le code des samouraïs. Et il faut reconnaître que cette sensibilité imprègne tout son film: le mutisme de Jef Costello, les rues de Paris, encombrées mais silencieuse, le métro, sans aucun bruit, des couleurs glaciales,... et une atmosphère sans soleil. Les scènes ont lieu la nuit, sous terre, ou sous un ciel gris. C'est moins l'histoire d'un homme que celle de sa solitude qui transparaît. 

Le samouraï est seul. Autour de lui, ses commanditaires, qui cherchent à le faire taire, le commissaire, qui cherche à le coincer, et la pianiste. Cette dernière éveille la curiosité de Jef, quand elle refuse de l'identifier au commissariat. La seule attache de Jef? ce n'est ni son ancienne maîtresse-alibi, Jane, ni quiconque: c'est un oiseau en cage.

la pianiste

Le cinéaste film son acteur comme une star hollywoodienne des années 30; Delon, économe de ses mots comme de ses gestes, impose son visage impassible et sa beauté, alors au zénith. Melville filme sa ville, Paris, à l'aube des années 70, comme un décor qui parle: les rues désertes, les vignettes automobiles, la gare Masséna (désormais désaffectée et bientôt reconvertie en ferme urbaine), les poinçonneuses du métro, les wagons de 1re et 2e classes. Un véritable instantané de l'époque. Ajoutons les marqueurs policiers: un tapissage sans vitre sans tain, des "walkies-talkies" (si, dans cet ordre), des téléphones à fil dans les voitures... et un commissaire, François Périer, toujours parfait.

tapissage

Ajoutons un mot des dames - pour une fois, autant de personnages féminins que masculins. Nathalie Delon, épouse de, dans un rôle de maîtresse déjà partie, avec un visage extraordinaire, à la limite de l'androgynie (comme celui de... son mari). Et Cathy Rosier, inconnue aujourd'hui, la pianiste de jazz qui ponctue le film, sorte de Nina Simone aux robes fluides, à la coupe courte et aux ongles racés. Cathy Rosier est créole: et ce n'est pas rien de dire qu'il était rare de voir une femme de couleur au premier plan d'un film des années 60. C'est une belle surprise.

Le Samouraï vous attend, ne ne manquez pas.

affiche Samouraï

LE SAMOURAÏ

CICC, 1967

Réalisation: Jean-Pierre Melville

Photographie: Henri Decaë

Distribution: Alain Delon (Jef Costello), François Périer (le commissaire), Nathalie Delon (Jane Lagrange), Cathy Rosier (la pianiste)

Premier visionnage: France 5

Films avec Alain: Plein soleil