Apparemment, je suis dans une veine péplum: après Céopâtre, j'ai regardé, trois fois de suite, Ben-Hur, péplum gigantesque qui inspira Cléopâtre, et reste un sommet du genre. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, il n'est pas de Cecil B. deMille, bien que Charlton Heston en soit la vedette; c'est William Wyler, autre vieux routier bien connu d'Hollywood, qui était derrière la caméra. Film diffusé de multiples fois à la télévision, à l'égal des Dix commandementsBen-Hur a bien des points communs avec son aîné: péplum, durée (3h30), Charlton Heston, démesure des décors, caméra panoramique et sujet biblique. Cependant, il ne faut pas voir Ben-Hur comme une simple histoire de Jésus, bien que le sous-titre du film soit sans équivoque: c'est en premier lieu l'histoire d'un Juif, Judah Ben-Hur, qui se retrouve exilé et condamné par son ami d'enfance, le Romain Messala. 

Le trio de choc: Heston, Boyd et Wyler

Au Ier siècle, Judah Ben-Hur (Charlton Heston), prince d'une riche famille de Jérusalem, retrouve son ami d'enfance Messala (Stephen Boyd), un Romain, qui est devenu le tribun de la cité (rappel historique: à cette époque, Hérode le Grand est mort, le Temple est toujours debout, et l'ancien royaume était divisé en tétrarchie, sous contrôle romain). Messala veut faire marcher la Judée au pas, et demande l'aide de Judah, influent parmi les siens. Celui-ci, attaché à son peuple, refuse de le suivre. Une rupture sans équivoque s'ensuit entre les deux hommes. Quelque temps plus tard, Messala accueille le nouveau procurateur de Judée, Gracchus; lors de sa visite dans la ville, une tuile de la maison des Hur s'abat accidentellement sur lui, le blessant grièvement. Messala arrête Judah, sa mère Miriam (Martha Scott) et sa soeur Tirzah (Cathy O'Donnell); il les condame tous les trois, Judah aux galères, la mère et la fille à la prison à vie. Après trois années passées sur les bancs des galériens, Judah sauve la vie, lors du naufrage de son navire, du consul Quintus Arrius (Jack Hawkins). Ce dernier le ramène à Rome et l'adopte officiellement. Néanmoins, Judah reste torturé par le sort de sa famille; il retourne en Judée, sous son identité romaine, Arrius le Jeune. Retrouvant Messala, il apprend que Miriam et Tirzah sont mortes dans leur prison (ce qui est faux, elles sont lépreuses, et conduites hors de la ville); rempli de haine, Judah accepte l'offre du cheik Ilderim (Hugh Griffith) de devenir son aurige et de participer à la course de chars lors des jeux de Jérusalem, dont Messala est le champion invaincu.  

XLI et Quintus Arrius

A mon humble avis, il y a deux séquences extraordinaires dans Ben-Hur: l'épisode de Judah aux galères, et la célébrissime course de chars. L'épisode des galères est très intéressant; outre l'aspect historique, extrêmement bien respecté, il est l'occasion de voir la transformation de Judah. Devenu le numéro XLI, chaque coup de rame détermine son désir de vengeance contre Messala. Sa résistance impressionne Quintus Arrius, qui teste la volonté et la forme des rameurs lors d'une scène incroyable: le consul commande à l'optator trois cadences différentes - cadence de combat, cadence d'attaque, cadence d'éperonnage -; les plans s'enchaînent alors à un rythme de plus en plus rapide, alternant image des rameurs, du tambour, du consul, de Judah. Après cette scène, Quintus Arrius fait venir XLI dans ses quartiers pour lui proposer d'être gladiateur à son service; Judah refuse, en disant: "Le dieu de mes pères me sauvera.

- Ton dieu t'a abandonné. Il n'a pas plus de pouvoirs que les idoles que j'invoque [...] Maintenant étudie bien mon offre. Si nous coulons tu mourras enchaîné à ton aviron.

- Je ne croirai jamais que Dieu m'a gardé vivant durant ces trois années pour que je meure enchaîné."

Aldébaran, Altaïr, Rigel et Antarès, les équidés de la victoire

Le clou du film, la fameuse course de chars - qui n'est pas la dernière scène! - reste un sommet de ce qu'Hollywood savait faire, sans numérique, sans ordinateur, sans toutes ces horreurs et ces gadgets d'aujourd'hui qui ne leurrent personne. Sans raconter ce que d'autres ont mille fois mieux décrit, il suffit de savoir que le tournage de cette seule séquence a duré trois mois, et reste un monument du genre. Imaginez: huit auriges en piste, neuf tours de piste à faire, Messala a des chevaux noirs, Judah des chevaux blancs, la course est filmée intégralement, sans autre son que les pas des chevaux sur le sable, et les cris de la foule. C'est stupéfiant de maîtrise et de force. J'espère pouvoir un jour voir cette séquence sur un grand écran; cela doit tout simplement être fabuleux. S'il ne devait rester qu'une scène de péplum, ce serait celle-ci. 

Charlton Heston et Haya Harareet, bras dessus-bras dessous

Et Jésus, dans tout ceci? C'est sa crucifixon qui termine le film (j'allais écrire qui cloue le film, ce qui est vraiment d'un goût trop douteux), mais elle n'arrive pas comme cela. Ben-Hur s'ouvre avec la naissance de Jésus. En l'an XXVI, Judah part aux galères. Sur la route de Tyr, assoiffé et n'ayant pas le droit de boire (sur ordre de Messala), il s'effondre. Un homme le ranime, et l'abreuve: c'est Jésus. Il survit ainsi aux galères. À son retour en Judée, il renconte Balthazar, de la ville d'Alexandrie, qui cherche un jeune homme étant le fils de Dieu. C'est également à cette occasion que Ben-Hur rencontre le cheik Ilderim, qui lui confiera ses chevaux pour la fameuse course. Malgré sa victoire et la mort de Messala, la haine reste présente dans le coeur de Judah: il sait sa mère et sa soeur lépreuses et n'a plus aucune espérance, malgré l'amour que lui porte Esther (Haya Harareet), fille de son intendant. Croisant à nouveau Balthazar, qui s'inquiète de lui, il lui répond: 

- Autrefois j'ai eu si soif que je croyais mourir. Un homme charitable m'a donné de l'eau, et ma vie a continué. Il aurait mieux valu que je répande cette eau sur le sable. J'ai toujours soif.

Esther lui rapporte les paroles de Jésus sur le mont des oliviers, que le pardon est plus grand que la haine. Judah refuse de l'écouter. Ce n'est qu'après qu'Esther lui eût dit qu'il a le visage de Messala qu'il accepte d'aller voir Jésus dans l'espoir de guérir sa mère et sa soeur. Le groupe arrive dans une Jérusalem déserte: tout le monde est au procès du jeune rabbin. Là commence le chemin de croix, et Judah reconnaît celui qui l'a abreuvé jadis. Arrivé sur le lieu de la crucifixion, Judah entend les dernières paroles de Jésus. En revenant chez lui, tout esprit de haine l'a quitté. Et il découvre Miriam et Tirzah guéries, grâce au sang du Christ répandu par l'orage.

Cette dernier partie pourrait paraître un peu trop hagiographique. Le talent de Wyler fait qu'il n'en est rien. Il est vrai que je préfère arrêter le film après la course de chars, cependant l'histoire de Judah n'est pas finie après elle; sa haine ne s'éteint qu'après avoir vu Jésus en croix, et qu'après avoir compris que la vengeance engendre la vengeance, le mal engendre le mal, et ne mène nulle part, si ce n'est à la soif. Ben-Hur est décidément un singulier mélange des genres, entre vengeance très humaine et pardon très divin, empire romain et Judée rebelle. Les dialogues sont admirables, les acteurs également (j'ai une préférence pour le cheik, le seul rôle presque comique du film, qui apporte un peu de légèreté). Il reste un monument du genre, qui ne pourra plus être dépassé.

affiche Ben-Hur

BEN-HUR (BEN-HUR, A TALE OF THE CHRIST)

MGM, 1959

Réalisation: William Wyler, d'après le roman du général Lewis Wallace, Ben-Hur, a Tale of the Christ 

Photographie: Robert L. Surtees

Distribution: Charlton Heston (Judah Ben-Hur), Jack Hawkins (Quintus Arrius), Haya Harareet (Esther), Stephen Boyd (Messala), Hugh Griffith (cheik Ilderim), Martha Scott (Miriam), Cathy O'Donnell (Tirzah)

Premier visionnage: France 3

Films de William: l'Héritière

Films avec Charlton: les Dix commandements