Victor Mature est, pour toujours, l'un de mes acteurs préférés. C'est simple, j'aime tout chez lui: sa carrure impressionnante et rassurante, son visage fort  et sensuel, sa prestance imposante et fine à la fois. Qu'il interprète un héros biblique, mythologique, égyptien ou un contemporain, policier, voyou, marin, il est toujours dans le ton juste. Et c'est en policier intègre exerçant au coeur de Little Italy, à New York, qu'on le retrouve dans la Proie.

Rome et Candella

Un caïd bien connu des services de policie, Martin Rome (Richard Conte), est à l'hôpital après avoir été blessé dans une rixe au cours de laquelle il a tué un policier. Un avocat bien véreux, W.A. Niles (Berry Kroeger) tente également de le faire plonger pour un vol de bijoux afin d'épargner la tête de son client. Au milieu de ces luttes se trouve le lieutenant Candella (Victor Mature). Issu de Little Italy comme Rome, dont il côtoie encore les parents, il tentera de faire toute la lumière sur ces deux affaires. Son amitié d'enfance ne l'emportera pas sur son sens du devoir, mais son grand coeur le poussera à tenter de sauver Toni (Tommy Cook), le petit frère de Rome, aveuglé par la vie facile de son grand frère, de la délinquance et de tout ce qui brille.

Faut pas énerver une masseuse qui s'appelle Madame Rose, Rome!

Film noir parfait, dont quasiment aucune scène n'est tournée en plein jourla Proie réunit tout ce qu'on peut aimer: l'opposition voyou/policier, le duel amis d'enfance qui ont pris deux chemins irréconciables, la vie facile contre la vie probe, les coeurs purs contre les feux de paille. Robert Siodmak a souvent été à son affaire dans ce type de film, il le prouve ici magistralement. L'action se passe sur trois jours, mais prend un tempo piano, afin que le spectateur puisse se glisser à son aise dans la très noire atmosphère du film. Little Italy n'était pas souvent montré à l'écran, en 1948, non plus que les autres quartiers "métissés" de New York: ici, c'est bien les descendants des immigrés italiens qui sont mis en scène et non de simples Américains sans origine définie. En ce sens, Robert Siodmak a ouvert une brèche dans la représentation des quartiers populaires de la Grosse pomme: ensuite viendront les Portoricains (West Side Story), les juifs, les Irlandais, les Polonais, etc. Le film se termine bien pour Candella, mal pour Rome. La dernière image, où l'on voit Candella blessé s'appuyer sur Toni qui a un gabarit d'oiseau comparé à lui, est d'une très grande tendresse. 

affiche Proie

LA PROIE (CRY IN THE CITY)

20th Century Fox, 1948

Réalisation: Robert Siodmak, d'après The Chair for Martin Rome de Henry Edward Helseth 

Photographie: Lloyd Ahern

Distribution: Victor Mature (LCandella), Richard Conte (Martin Rome), Shelley Winters (Brenda), Fred Clark (LCollins)

Films avec Victor: Samson et Dalila

Films avec Debra: les Dix commandements

Premier visionnage: Cinéma de minuit