Film-symbole de Rita Hayworth, qui y livre un strip-tease mémorable, Gilda est également un film noir de haute qualité. Et, quand on creuse un peu le sujet, on y décèle ça et là des ambiguïtés bien peu propres à la morale hollywoodienne.

En Argentine, pendant la Seconde Guerre mondiale. Johnny Farrell (Glenn Ford), joueur professionnel sans le sou, est sauvé d'une rixe par Ballin Mudson (George Macready). Propriétaire d'un casino, Ballin fait de Johnny son homme de confiance et son associé. Lors d'un retour de voyage, il lui présente son épouse, Gilda (Rita Hayworth)... qui n'est autre que l'ancienne maîtresse de Johnny lui-même. Une étrange relation de haine, de jalousie et de désir mal contenu lie les deux anciens amants. Pendant ce temps, Ballin monte un trust international pour obtenir le monopole d'un métal rare, le tungstène.

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Rita Hayworth est absente des écrans depuis deux ans lorsqu'elle commence le tournage de Gilda. Mariage avec Orson Welles, puis bébé, la pin up favorite des GI's veut faire sa rentrée avec un film événement. Harry Cohn, patron de Columbia, dont elle est la chose - et la seule star d'envergure - accède à sa demande et monte un véhicule fait pour elle. Gilda, donc, femme fatale dans la plus pure tradition du film noir des années de guerre. Charles Vidor prend soin de faire place nette devant sa vedette : pas d'autres rôles féminins, des partenaires corrects mais sans envergure, on ne doit voir que Rita. Et on la voit! Le sex-appeal de la star, ses jambes de danseuse et sa chevelure que l'on devine flamboyante éclairent le noir lumineux du film. Magnifiée dans des costumes signés Jean Louis, Rita Hayworth donne la mesure de son éclat, et notamment, bien sûr, dans ce qui reste le plus fameux strip-tease du 7e art. Moulée dans une robe fourreau noire, Gilda, languissante et ivre, s'adonne à un effeuillage mémorable... où elle enlève ses seuls gants. Effet maximum, garanti, et inoubliable (le loup de Tex Avery s'en souvient) : le Canard enchaîné parlera de "bombe anatomique" - les mâles américains en furent si remués qu'ils collèrent l'image de l'actrice sur l'une des bombes atomiques testées sur l'atoll de Bikini. 

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Quid du personnage de Gilda lui-même ? Eh bien comme beaucoup de personnages féminins du film noir, ce n'est pas le personnage principal. Ni le moteur de l'action. Non, le moteur de l'action, c'est Johnny Farrell. Johnny Farrell et sa relation, disons, ambiguë avec Ballin Mudson. La séquence où les deux hommes trinquent en compagnie de "la meilleure amie" de Ballin, sa canne-sabre, est lourde de sous-entendues. Gilda passe de l'un à l'autre sans véritable raison - et on n'aura jamais le point du vue du personnage. Les hommes se battent pour Gilda, mais, Gilda, pourquoi se bat-elle? Femme que l'on devine perdue malgré son glamour éblouissant, Gilda rentre dans le rang en épousant l'un puis l'autre des deux hommes qui la désirent, entre deux séquences de danse admirables. Que reste-t-il, alors, de Gilda? un très bon film noir, noyé dans l'atmosphère cosmopolite aujourd'hui disparue de l'Amérique du Sud des années de guerre, une Rita Hayworth au sommet de sa beauté, et un éternel Put the Blame on Mame. Régalez-vous!  

Poster - Gilda_02

GILDA

Universal, 1946

Réalisation : Charles Vidor

Photographie : Rudolph Maté

Distribution : Rita Hayworth (Gilda), Glenn Ford (Johnny Farrell), George Macready (Ballin Mudson)

Premier visonnage : cassette VHS

Cliché de Rita

Cliché de Glenn