L'Héritière est un film figurant dans toutes les annales cinématographiques: c'est grâce à son rôle de Catherine Sloper qu'Olivia de Havilland reçut son second Academy Award, en 1949. Pourtant, à l'instar de nombre de films de William Wyler (à l'exception notable de Ben-Hur), il est rarement visible. Pourquoi? mystère.

la première rencontre

L'histoire est tirée d'une pièce de théâtre, elle-même inspirée du roman Washington Square d'Henry James. Une demoiselle d'un certain âge vit dans une grande maison avec son père (Ralph Richardson), veuf et reclus dans le souvenir de sa défunte épouse. Convaincu que sa fille, Catherine, est d'une tournure ingrate, il soupçonne le peu de soupirants qui se présente à elle de n'en vouloir qu'à son argent. Lors d'une soirée, Catherine rencontre Morris Townsend (Montgomery Clift). Il lui fait une cour immédiate et empressée, à la grande surprise de Catherine, et à la grande joie de sa tante, Mme Penniman (Miriam Hopkins), la seule à égayer la vie de la jeune fille. Catherine, réservée et certaine de son insignifiance, se laisse convaincre par Morris de son amour pour elle. Mais son père ne voit pas une alliance avec ce jeune homme sans espérances d'un bon oeil...

Morris et Catherine

Film égale, sobre, d'une grande justesse de ton et servi par des acteurs au meilleur de leur jeu, l'Héritière est une pépite à découvrir. C'est du Henry James, mais le côté parfois empesé des adaptations des oeuvres de l'auteur n'existe pas. Dialogues limpides et scènes parfaitement équilibrées se conjuguent avec le caractère de Catherine Sloper, l'héroïne: timide mais brûlant d'un feu devant l'amour déclaré de Morris, élégante sans afféterie, tenance dans ses décisions, cruelle... quand la trahison viendra détruire ses espoirs.

anniversaire sur le plateau: Olivia, William et Miriam

Les acteurs n'ont pas la part la plus maigre dans la réussite du film. Miriam Hopkins, star des années 30, inoubliable vedette de Cette sacrée vérité et de Haute pègre, est ici fantastique en tante évaporée de Catherine, ne songeant qu'à marier sa nièce... mais lucide quant aux exigences des coureurs de dot. Ralph Richardson est un Dr Slopper hautain, cassant, sûr de son jugement sur sa fille et sur Morris. Montgomery Clift joue, avec l'Héritière, dans son quatrème film. C'est son premier grand rôle, deux ans avant Une place au soleil. Ambigu, portant beau, sincère ou manipulateur, son personnage reste... indéchiffrable. Quant à Olivia de Havilland, elle signe là l'une de ses plus belles créations. Dans le rôle d'une fille craintive terrassée, à son corps défendant, par l'amour, elle déploie des ressources dramatiques et comiques admirables. Son métier ne se voit pas tant il est fin: et c'est un régal de voir une actrice jouer un rôle complexe sans esbrouffe ni effet de manche. Catherine aime passionnément, d'une ardeur dont elle s'ignorait être capable; quand son amour lui est volé, elle se venge... avec autant d'ardeur qu'elle a aimé.

Comment expliquer la scène finale - admirable - du film? Chacun se fera son idée. J'ai la mienne. Et, encore aujourd'hui, on débat du sens que William Wyler, admirable de finesse, voulût donner au geste de Catherine. Régalez-vous.

affiche Héritière

L'HÉRITIÈRE (WASHINGTON SQUARE)

Paramount, 1949

Réalisation: William Wyler, d'après la pièce de Ruth et Augustus Goetz, elle-même tirée de Washington Square, d'Henry James

Photographie: Leo Tover

Distribution: Olivia de Havilland (Catherine Sloper), Montgomery Clift (Morris Townsend), Ralph Richardson (Dr Sloper), Miriam Hopkins (Mme Penniman)

Premier visionnage: Filmothèque du quartier latin

Films de William: Ben-Hur

Films avec Olivia: Captain Blood

Films avec Miriam: Sérénade à trois

Film avec Motgomery: les Désaxés

Au sujet d'Olivia: les soeurs de Beauvoir de Havilland