Second film du gros Hitch avec Tippi Hendren, et leur dernier bon film à tous les deux, Pas de printemps pour Marnie est tiré d'un roman de Winston Graham, fort judicieusement réédité par les éditions Omnibus. Très représentaif des obsessions d'Hitchcock, Pas de printemps pour Marnie souffre pourtant, dans son scenario, d'une édulcoration par rapport à son sujet d'origine. J'explique.

Plusieurs sociétés trouvent leur coffre-fort vidé par des moyens identifiques peu après le départ d'une jeune femme, souvent secrétaire, dont le nom varie au gré de ses employeurs. Mark Rutland (Sean Connery), patron d'une société d'éditions, se souvient de ces vols en assistant à l'embauche d'une nouvelle secrétaire nommée Marnie Edgar (Tippi Hendren). En dépit de la légèreté de son CV, il pousse à son embauche. Marnie, solitaire et taiseuse, n'attend pas longtemps avant de commettre un nouveau vol. Mark le sait, la retrouve au manège où elle monte Furio, son cheval adoré, et lui propose un marché. Amoureux d'elle, il ne la dénoncera pas si elle accepte sa demande en mariage.

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Pourquoi Mark s'entiche-t-il ainsi de Marnie? Car, il l'a bien vu à ses dépens, Marnie ne supporte pas le contact avec les hommes. Elle les fuit. Une femme fuyant le contact masculin? Impensable pour Mark, qui se met en tête de guérir Marnie de ce dégoût. Comme dans l'un de ses premiers films américains, la Maison du Dr. Edwardes, c'est dans le passé que Mark essaie de trouver l'origine de la psychose de Marnie. Il la trouvera, Marnie guérira, et le couple vivra heureux.

Marnie est l'un des personnages féminins les plus fouillés de la filmographie d'Alfred. Avec un sujet pareil - sexe, déséquilibre et obsession morbide - le cinéaste était dans son élément. Marnie, longue tige tirée à quatre épingles, froide comme un glaçon et voix de petite fille, attire autant qu'elle intimide. Ses peurs sont matérialisées par des éclairs rouge sang, ses instants de liberté par un cheval au galop. Hitchcock s'empare de ce riche matériel pour en faire un caractère atypique dans sa galerie féminine. Cependant, passé l'effet heureux du premier visionnage, le second ne résiste guère à notre lecture moderne : Marnie est une femme vue par un homme qui veut la guérir. Elle est le jouet de son mari et de son apprentie psychanalyse, et est irrémédiablement punie lorsqu'elle tente vainement de s'échapper.

La psychose de Marnie? Parlons-en! Elle trouve son origine, version Hitchcock, dans un traumatisme d'enfance : sa mère recevait des matelots chez elle, la nuit ; l'un d'eux se montre un peu trop pressant, la mère le tue, Marnie assiste au meurtre. Ce qui est suffisant pour déséquilibrer n'importe qui. Et dans le roman original? la mère de Marnie recevait des matelots chez elle, la nuit ; elle tombe enceinte, accouche d'un enfant non désiré et le tue. Marnie assiste à la scène. Une mère infanticide devait être trop sulfureux pour les années 60, Hitchcock optera pour un meurtre d'amant violent, mons sujet à la contreverse. Marnie guérie de sa psychose chez Hitchcock. Dans le roman d'origine, elle continue sa fuite, en s'attendant, à tout moment, à être rattrapée par un Mark qui continue à la faire chanter. Un happy end d'un côté, une fuite en avant de l'autre... Il n'en reste pas moins que Pas de printemps pour Marnie est un film fort agérable à voir, notamment pour la beauté hiératique de Tippi Hendren, et pour Sean Connery sans James Bond.

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PAS DE PRINTEMPS POUR MARNIE (MARNIE)

Universal, 1964

Réalisation: Alfred Hitchcock, d'après le roman de Winston Graham

Photographie: Robert Burks

Distribution : Tippi Hendren (Marnie), Sean Connery (Mark Rutland)

Premier visionnage : cassette vidéo

Film d'Alfred : Rébecca