Dans une banlieue aisée américaine, au mitant des années 50. Cary Scott (Jane Wyman), veuve d'un certain âge, partage sa vie entre ses grands enfants déjà partis de la maison, les soirées du club de bienfaisance et l'entretien de son jardin. Quand ses amies lui suggèrent de se remarier avec un homme de son âge, veuf, qui la courtise gentiment, Cary se laisse peu à peu prendre au charme de son jardinier, Louis Kirby (Rock Hudson), plus jeune et de condition plus modeste. Leur idylle commence, simplement, et se heurte très vite à l'incompréhension des enfants de Cary et de la ville entière.  

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Le terme mélodrame flamboyant est ici tout à fait approprié : la narration commence en automne, dans les rouges des feuilles mortes, se poursuit en hiver, sous une neige immaculée, pour finir au printemps, au renouveau de la nature. Un cycle naturel qui suit l'évolution des sentiments de Cary envers Louis : un amour naissant alors qu'elle est à l'automne de sa vie ; pur, comme la neige hivernale, et que les ragots manquent de faire mourir, comme les flocons masquent la terre ; puis qui renait, au printemps, à l'aube d'une nouvelle vie. L'existence des femmes d'intérieur de la banlieue américaine est aussi parfaitement saisissante, mais jamais jugée : Cary, après son veuvage, et comme hors de la vie sociale de sa ville. D'où la gentille insistance de sa communauté pour qu'elle refasse sa vie, afin qu'elle ne demeure pas seule. Cary, malgré tout le conformisme de son milieu, s'éprend du jardinier, plus jeune, mais cultivé, sain, en train de monter une pépinière, bref un homme pleinement dans la vie. C'est cette seconde vie que Cary veut s'offrir, et qui se heurte, notamment, à l'égoïsme de ses enfants, qui ne conçoivent pas que leur mère puisse refaire sa vie avec un homme en dessus de sa condition, et plus jeune. Loyale envers eux, Cary sacrifie son amour et ses projets avec Louis. Et se retrouve, seule, le soir de Noël, car ses enfants, ne pouvant rester, lui offre un poste de télévision pour lui tenir compagnie. Cary devient prisonnière d'un choix qu'elle n'a pas voulu.

Film d'une mélancolie heureuse, Tout ce que le ciel permet touche au coeur de l'âme ; sentiments vrais, vie factice ou subie, affirmation de soi ou indifférence aux préjugés, Douglas Sirk déroule ces thèmes d'une manière subtile et claire. Son héroïne se laisse porter par ses émotions vraies, vacille sous le coup des critiques, puis renait à ce qu'il y a de plus vrai en elle. Cet amour, précieux, qui a éclot dans sa vie sans qu'elle s'y attende, est la récompense qu'elle s'offre, et qu'elle choisit de vivre. En conclusion, Cary, veuve qu'on souhaitait voir se retirer discrètement, choisit la vie.  

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TOUT CE QUE LE CIEL PERMET (ALL THAT HEAVEN ALLOWS)

Universal, 1955

Réalisation: Douglas Sirk

Photographie: Russell Metty

Distribution : Jane Wyman (Cary Scott), Rock Hudson (Louis Kirby), Agnès Moorehead (Sarah Warren)

Premier visionnage : Arte

Film de Douglas : Ecrit sur du vent, Mirage de la vie, Taza, fils de Cochise

Film avec Rock : Ecrit sur du vent, Taza, fils de Cochise