Après avoir écrit au sujet de Rébecca et avoir regardé hier Captain Blood, il était nécessaire de faire un petit détour par les soeurs de Havilland, l'autre sororie du grand Hollywood.

Olivia et Joan

A ma gauche, l'aînée, Olivia (de Havilland), née en 1916 à Tokyo, la première connue. Précoce, elle tourne son premier film en vedette à l'âge de dix-neuf ans, le fameux Captain Blood, avec un autre débutant, Errol Flynn. S'ensuit une collaboration entre les deux acteurs de huit films, quasiment tous devenus des classiques, et pendant lesquels Errol ne cesse de draguer Olivia (qui lui résiste). Très largement connue et reconnue à la fin des années 1930, elle voit alors arriver dans le circuit sa soeur Joan. À ma droite donc, Joan (Fontaine), la cadette, née en 1917 à Tokyo. Elle arrive dans le paysage cinématographique avec un certain désavantage: sa mère refuse qu'elle garde le nom de Havilland (une seule fille actrice, c'est déjà beaucoup), elle est moins jolie qu'Olivia et sera sans cesse comparée, tout au moins au début, à sa célèbre soeur. 

Le point d'achoppement entre les deux soeurs - et le début de leur brouille - se passe entre les années 1939 et 1942. Olivia tourne dans la plus grosse production de l'époque, Autant en emporte le vent, Joan réussit enfin à se faire remarquer dans Femmes, énorme succès de l'année 1939 pour la MGM. Joan enchaîne alors deux Hitchcock, Rébecca (1940) et Soupçons (1941), ce dernier lui valant un Oscar de la meilleure actrice. Olivia, après la tournée et la marée de spectateurs et d'Oscars d'Autant en emporte le vent, réussit enfin à porter un film sur ses seules épaules, Par la porte d'or. Nommée à l'Oscar en 1942, elle voit celui-ci échoir... à sa soeur. Cette récompense, on ne sait trop pourquoi, sera à l'origine d'un long différent entre elles. Les années 40 se termine par une revanche, celle d'Olivia: après avoir gagné son long procès contre la Warner, elle tourne Double Énigme, qui lui permet de prouver son aptitude aux rôles dramatiques - qualité généralement attribuée à Joan - , obtient la même année l’Oscar pour À chacun son destin, où elle aborde son premier emploi de femme mûre, puis l’Héritière lui vaut son second Oscar, en 1949. 

Joan et Olivia

Les décennies suivantes se passent inégalement: si Joan mène un peu sa carrière en roue libre (elle sera à l'affiche de films de prestige comme Ivanhoé, un Fritz Lang - l'Invraisemblable vérité - et un Max Ophuls - Lettre d'une inconnue), Olivia reste la plus active, et la plus en vue. Joan abandonne finalement le cinéma en 1966. Olivia tourne encore dans les années 60, s'installe à Paris, se marie au journaliste Pierre Galante et devient la première femme Présidente du jury du Festival de Cannes (si!).

Aujourd'hui, Miss de Havilland a 98 ans, se porte comme un charme et réside toujours à Paris. Miss Fontaine, après une retraite extrêmement discrète, s'est éteinte en 2013. Olivia gagne donc le match de la longévité et des récompenses. Mais il me semble que pour le grand public, Joan reste un peu mieux connue. Qu'importe, les deux soeurs, malgré leur mésentente, ont toutes deux contribué à la grande histoire d'Hollywood.

Olivia et Joan en compagnie de Dorothy Lamour