A la faveur d'un Summer 90's sur Arte, j'ai pu regarder, il y a quelques jours, le fameux Basic InstinctNon, je ne l'avais jamais regardé, et non, ça ne m'a jamais manqué. D'après les on-dit, le film semblait se résumer à un jeu de jambes de Sharon Stone et une histoire de pic à glace. C''est l'été, regardons ce film très représentatif des 90's et qui a propulsé Sharon en haut de l'affiche (tout en haut).

... et je remarque que je ne suis pas capable d'écrire le résumé du film, car je n'ai pas tout compris - j'étais pourtant bien éveillée. Il y a un premier meurtre au pic à glace; un policier, Nick (Michael Douglas), enquête. Il tombe sur la maîtresse de la victime, une romancière du nom de Catherine Tramell (Sharon Stone), qui lui fait une forte impression. Ensuite c'est très bizarre, il y a comme un jeu du chat et de la souris entre les deux, sauf qu'on ne sait jamais qui est le chat, qui est la souris. Là-dessus, on apprend que la Tramell a une maîtresse et que les gens qu'elle aime disparaissent trop souvent mystérieusement; et encore là-dessus se greffe une histoire pas terminée entre le flic, Nick, et la psychologue de la police, le Dr. Elisabeth Garner (Jeanne Tripplehorn).

Tu veux ou tu veux pas?

Résultats:

1. Contrairement aux films très art et essai où il est presque normal de ne rien piger, ici, j'ai un peu l'impression d'être blonde; Verhoeven, c'est quand même pas Godard.

2. Années 90's Power. Costumes, maquillage, musique, voitures, décorations intérieures (étonnant que Café Mode n'ait pas traité le film dans sa chronique Films bien sapés).

3. On est dans la luxure à brasse coulée. Est-ce que cela fait du sens de montrer des scènes sexuelles pour illustrer la tension érotique que veut donner le réalisateur au film? Personnellement, je ne pense pas; mais objectivement, ça se tient.

4. La bisexualité - surtout féminine - c'est cool. Les personnages bisexuelles sont à l'époque le comble de la provocation et du fantasme masculin; aussi Verhoven y va-t-il à fond avec le personnage de Catherine.

5. Le personnage de Catherine Tramell, parlons-en. Contrairement à Télérama qui nous explique que Basic Instinct est un thriller féministe avant l'heure, et que ce sont les femmes qui mènent la danse, je crois au contraire que c'est un film d'homme, fait par les hommes, pour le divertissement des hommes. Tout dans le personnage de Catherine est fait pour complaire aux mâles. D'ailleurs, même le réalisateur ne sait plus quoi en faire lors de sa scène finale.

6. Elisabeth Garner est plus intéressante de ce point de vue, mais là encore, le réalisateur ne va pas au bout de ses intentions: avec une fin bâclée et une explication au meurtre fumeuse, on reste sur de l'à peu près. 

7. L'ambiance et le sujet du film m'ont fait penser à Harcèlement, où Michael Douglas est poursuivi par Demi Moore. Pas de chance, ce Michael: deux bombes lui courent auprès (enfin, trois si on compte Jeanne Tripplehorn), et il dit non, non, non. Laid comme un poux dans Basic Instinct, il faut vraiment avoir faim pour lui sauter dessus. Encore la magie d'Hollywood et de ses scénaristes masculins.

8. Bref, le rôle de Nick m'a franchement fait rire: Catherine et Elizabeth sont prêtes à tuer pour l'avoir et le garder? C'est le plus gros gag du film.

9. Un point positif cependant, dans cette nébuleuse: la présence de Dorothy Malone (que j'avais évoquée lors du papier traitant d'Écrit sur du vent). À la manière d'Ann Miller dans Mulholland Drive, elle passe, amenant avec elle les fantômes du vieil Hollywood. C'est la plus belle de toutes dans cette galerie de femmes. 

10. Le générique d'ouverture rappelle celui de Sueurs froides. Bonne référence.

affiche Basic instinct

BASIC INSTINCT

Carolco Pictures, Studio Canal, 1992

Réalisation: Paul Verhoeven

Photographie: Jan de Bont

Distribution: Michael Douglas (Nick Curran), Sharon Stone (Catherine Tramell), George Dzunda (Gus Moran), Jeanne Tripplehorn (Elisabeth Garner), Denis Arndt (Philippe Walker), Leilani Sarelle (Roxie), Dorothy Malone (Hazel Dobkins)

Premier visionnage: Arte