Oubliez celles de Judy Garland, de Jean Harlow ou de Ginger Rogers: la plus abjecte des mères du cinéma américain fut celle de Mary Miles Minter, star rivale de Mary Pickford au temps du cinéma muet. Et la vie de Mary Miles Minter, c'est encore plus fort qu'une histoire de cinéma. 

la délicate Mary

Enfant prodige du théâtre américain dès l’âge de six ans, Mary, Juliet Shelby de son vrai nom, débute à l’écran en 1915, poussée par son ambitieuse de mère (ambitieuse étant un euphémisme) Sous le pseudonyme de Mary Miles Minter, elle devient une femme-enfant style Mary Pickford et, sous la houlette du réalisateur William Desmond Taylor, tourne une quinzaine de films avec succès, dans un genre romantique plus ou moins panaché d’aventures. Le succès est au rendez-vous, l'argent aussi, la mère est satisfaite et... tout bascule.

En 1922, William Desmond Taylor est retrouvé assassiné. Meurtre inexpliqué, qui mêlent, dans une atmosphère de scandale:

- l'actrice, qu'on disait éprise de son réalisateur,

- Mabel Normand, qu'on tenait pour la maîtresse de Taylor,

- et la propre mère de Mary, peut-être elle aussi maîtresse du cinéaste - ce qui fait tout de même beaucoup pour un homme notoirement homosexuel !

Quand les cadres de Paramount apprennent que le meurtrier était probablement la mère de Mary, les investigations policières sont intentionnellement camouflées pour étouffer le scandale (la même méthode fut utilisée pour les morts de Thelma Todd et de Marilyn Monroe). La carrière de Mary Miles Minter, on s'en doute, ne s'en releva pas. Elle part pour Paris, refusera toujours d’évoquer l’affaire, se réconcilie finalement avec sa mère, tourne définitivement le dos à Hollywood qu'elle n'a jamais vraiment aimé, et sombre dans l'oubli.

Elle s'éteignit en 1984, à l'âge de 82 ans, après une carrière brève (dix ans) mais composée de près de cinquante films - le dernier, The Trail of Lonesome Pine, date de 1923. Ses voisins californiens tombèrent des nues quand ils apprirent que cette délicate vieille dame fut une star de cinéma qui gagnait autant en une semaine qu'un ouvrier en un an. Parmi le peu de films que l'on a de Mary Miles Minter, citons Youth's Endearing Charm, A Dream or Two Age, Innocence of Lizette, The Eyes of Julia Deep, Nurse Marjorie, A Cumberland Romance et The Little Clown.  

Miss Minter au sommet de son art