Toujours dans mon fil conducteur de Havilland/Flynn/aventures, j'ai pensé à Robin des Bois, mais non la version avec Mr Flynn et Miss de Havilland (que je trouve un peu datée), ni même la version animalière de Disney, plutôt celle de Kevin Reynolds avec un autre Kevin, Costner, dans le rôle-titre. Vu très jeune, ce Robin des Bois fut pendant longtemps l'une des seules cassettes vidéo que j'ai possédée; je l'ai donc regardée un nombre incalculable de fois - j'en connais encore les dialogues par-coeur, même quinze ans après. J'admire toujours l'épaisse chevelure de Mary Elizabeth Mastrantonio et sa capacité à tenir tête, en armes ou en paroles, à Robin, l'ignoble shérif de Notthingham, une vraie brute épaisse sans morale, les réparties sarcastiques du maure Azeem et Robin, pas mal dépoussiéré par Costner, et ce, pour son plus grand avantage.

L'intrigue a pour intérêt de commencer par nous replacer dans un contexte historique désormais rarement étudié, celui des Croisades. En 1194, Robin de Locksley (Costner) et son frère d'armes Pierre Dubois (Liam Halligan) réussissent à s'évader de la prison de Jérusalem grâce à un maure, Azeem (Morgan Freeman), lui aussi condamné. Pierre est tué lors de l'évasion, Robin rentre seul en Angleterre avec le maure; ce dernier, pour le remercier de lui avoir sauvé la vie, fait le sermet de le suivre partout afin de lui sauver la vie à son tour. Arrivé chez lui, Robin trouve son château brûlé et son père assassiné; un vieux serviteur, Duncan (Walter Sparrow), lui conte tout ce qu'il s'est passé durant son absence.

le gueux et la dame

Le shérif de Notthingham (Alan Rickman) a fait main basse sur le comté, en écrasant villageois et bourgeois d'impôts. Pour s'emparer des terres de Robin, il a fait accuser son père de blasphème et a rendu aveugle son serviteur. Sans but, sans ressource, Robin rend visite à Marianne (Mary Elizabeth Mastrantonio) pour lui faire part de la mort de son frère; attaqué au même moment par les hommes du shérif, et notamment le cousin de celui-ci, Guy de Gisborne (Michael Wincott), Robin n'a d'autre choix que de fuir dans la forêt de Sherwood en compagnie d'Azeem et de Duncan. Il rencontre alors Jean le Petit (Nick Brimble), chef d'une bande de braconniers - va-nus-pieds - hors-la-loi (on ne sait pas trop), et un jeune homme qui semble lui en vouloir personnellement, Gilles dit l'Écarlate (Christian Slater)...

le shérif, parfaitement ignoble

Le dépoussièrage complet de la légende Robin des Bois est la qualité première du film. Ce qui fit sa modernité lors de sa sortie en salles. Terminés, les justaucorps vert fluo, les habits tout propres alors que l'on vit comme des gueux, les demoiselles ne sachant pas se défendre, les méchants trop courtois pour être fourbes: ici, on a des habits de camouflage, on transpire et on a quelques blessures et tâches de boue sur la peau, Marianne manie l'épée comme Robin et sait dire son fait au shérif, le shérif est un personnage parfaitement bas et lâche, prêt à toutes les calomnies et vilenies pour s'emparer du pouvoir. Parmi les bonnes idées, on notera l'introduction du frère adultérin de Robin, de la sorcière conseillère du shérif (pas étonnant qu'il soit complétement timbré), et d'Azeem. On le sait, les États-Unis d'Amérique sont très pointilleux sur la représentation des Afro-Américains au cinéma; seulement, selon le contexte et l'époque d'une intrigue, c'est un peu compliqué de remplir certains quotas (et je ne parle pas ici de la représentation des femmes à l'écran: dans Robin des Bois, il n'y a qu'un rôle principal féminin, contre... quatre masculins, et seulement trois autres dans toute la distribution). Avec Robin des Bois, l'Afro-Américain devient un maure, et le représentant d'une riche civilisation musulmane, à une époque où l'Occident était en plein Haut Mooyen-Âge. Azeem connait la poudre, la longue-vue, l'art du combat et l'amour courtois. En cela, il complète idéalement Robin, jeune hobereau sans éducation (il ne sait ni lire ni écrire), si ce n'est militaire.

les frères ennemis

Avec des dialogues pleins de sel et des scènes alternant le chaud et le froid, la réflexion et l'action, et aucune autre prétention que de créer un vrai bon divertissement, Kevin Reynolds réussit son pari: même vingt ans après, le film supporte encore très bien le visionnage, et reste un des plus beaux exemples du renouveau du cinéma d'aventures. La scène du mariage entre le shérif et Marianne reste un moment de pure comédie burlesque, les ralentis sur les flèches tirées par Robin sont exceptionnels et, enfin, l'emballement de l'action n'empêche la vraie profondeur psychologique de chacun des personnages. Chacun joue son rôle, et le fait bien. Le générique ayant pour toile de fond la tapisserie de Bayeux rappelle que les films d'aventures, à une époque, avaient également une touche culturelle de bon aloi. Enfin, les effets spéciaux numériques n'ont pas leur place dans Robin des Bois: on voit donc de vraies forêts, de vraies armées, de vrais bâtiments et de vrais gens. Je ne peux m'empêcher d'avoir une préférence pour Alan Rickman, parfaitement ignoble en shérif totalement allumé. Quand j'ai découvert que Rickman était ce même acteur qui interprétait le colonel Brandon dans Raison et Sentiments, j'ai eu le choc de ma vie.

affiche Robin des bois

ROBIN DES BOIS, PRINCE DES VOLEURS (ROBIN HOOD: PRINCE OF THIEVES)

Warner Bros., 1991

Réalisation: Kevin Reynolds

Photographie: Douglas Milesome

Avec: Kevin Costner (Robin de Locksley), Morgan Freeman (Azeem), Christian Slater (Gilles dit l'Écarlate), Alan Rickman (le shérif de Nottingham), Mary Elizabeth Mastrantonio (Marianne Dubois)

Premier visionnage: cassette vidéo