14 novembre 2015

Sérénade à trois, d'Ernst Lubitsch (1933): le dramaturge ou le peintre?

Sérénade à trois, ou Design for living, ne m'a pas intéressée lorsque je le vis pour la première fois. Je m'en souviens, ce film lubistchien en diable clôturait le cycle "l'Âge d'or de la comédie américaine" du Cinéma de minuit. Après l'Impossible M. Bébé (ici), après l'Extravagant Mr Deeds (là), après New York Miami, après Sylvia Scarlett, j'étais déconcertée par cette histoire de ménage à trois, très choquant pour mes yeux d'adolescente. Aujourd'hui, j'ai grandi, j'ai gardé la cassette, j'ai revu le film et... n'en jetez... [Lire la suite]

04 novembre 2015

La Banque Némo, de Marguerite Viel (1934): toute ressemblance avec l'affaire Stavinsky...

Il y a quelque temps, le Cinéma de minuit proposait un cycle intitulé "le monde des affaires au cinéma". Parmi les films proposés, la Banque Némo a retenu mon attention pour une raison simple: c'est l'un des rares films français de l'époque réalisé par une femme. Marguerite Viel, c'est son nom, réalisa quatre films, dont la Banque Némo. Ce fut son dernier film; on perd ensuite sa trace jusqu'à son décès dans les années 70. Je n'ai pas trouvé de biographie digne de ce nom de Marguerite Viel. La Banque Némo, c'est un... [Lire la suite]
05 octobre 2015

Ninotschka, d'Ernst Lubitsch (1939): l'espionne qui venait du froid

Première comédie de Greta Garbo, avant-dernier film de la Divine, un slogan minimaliste resté célèbre ("Garbo rit!"): Ninotschka ne m'avait pourtant pas emballée, lorsque, adolescente, je le vis pour la première fois. Comme on peut changer d'avis, et qu'après tout, un Lubitsch reste un gage de qualité, j'ai eu l'envie de le revoir la semaine dernière. Et j'ai bien fait. Trois agents soviétiques arrivent à Paris dans le but de revendre des bijoux confisqués par la Révolution russe. La grande-duchesse Swana (Ina Claire),... [Lire la suite]
12 août 2015

Elle et lui, de Leo McCarey (1939): rendez-vous à l'Empire State Building, sans King Kong

Elle et lui est un inusable film romanesque chéri des Américains, tant chéri que les héroïnes de Sex and the City regardent la version Cary Grant - Deborah Kerr un soir de réunion entre filles. Je vais évoquer ici la première version du film, également réalisée par Leo McCarey, dont les protagonistes sont Charles Boyer, deuxième Français à faire carrière à Hollywood après Maurice Chevalier, et Irene Dunne, leading lady des années 30. Dans un monde qui n'existe plus, un homme et une femme se rencontrent lors d'une... [Lire la suite]
13 juillet 2015

La Divorcée, de Robert Z. Leonard (1930): l'émancipation pré-Code tourne court!

Il y a quelques jours, j'ai découvert avec beaucoup de plaisir la Divorcée. Je voulais visionner ce film depuis longtemps car 1. je connais finalement très peu de films avec Norma Shearer à l'affiche, 2. c'est un film pré-Code, 3. Norma a reçu l'Oscar de la meilleure actrice, à une époque où il n''était pas nécessaire de disparaître sous une tonne de maquillage tendance transformiste pour l'obtenir. Film saisissant la légèreté d'une époque, je suis néanmoins restée sur ma faim quant à la conclusion. J'explique. Au sein de la... [Lire la suite]
22 mars 2015

L'Appel de la forêt, de William A. Wellman (1935): Clark et Loretta sont sur un bateau

Grand pourvoyeur de sujets de film, Jack London, héros du folklore américain et de ses chercheurs d'or (un peu comme Davy Crockett), est adapté par William Wellman en 1935. Le cinéaste choisit sa nouvelle la plus emblématique, l'Appel de la forêt, qui eut lors de sa sortie en librairie un succès certain (et désormais lue par tous les boys-scouts). En Alaska, Jack Thorton (Clark Gable) vient de pendre tout son or sur un pari idiot. Son acolyte, Shorty (Jack Oakie), en laissant traîner ses oreilles, a entendu parler d'un plan d'or... [Lire la suite]

09 février 2015

Fascination, de Clarence Brown (1931): recherche époux tous frais payés

Entre l'Appel de la forêt et Fascination, deux films avec Clark Gable inclus dans le coffret qui m'a été offert pour mon anniversaire, je n'eus pas cru que je préférerais le premier. Alors que les histoires à la Jack London ne me passionnent et en dépit de mon goût pour les mélodrames mondains, je trouve que  Fascination, malgré toutes ses qualités intrinsèques, a un air de déjà vu. Un air de la Courtisane précisément, déjà chroniqué dans ce blog, avec déjà Clark Gable. L'histoire est une bonne recette... [Lire la suite]
24 janvier 2015

La Belle de Saïgon, de Victor Fleming (1932): Clark Gable entre la blonde et la brune

Ah, Clark Gable trempé de sueur tropicale, en bras de chemise et barbe de trois jours, arpentant les plantations de caoutchouc de la Cochinchine... Se pointe, on ne sait pas trop pourquoi, une (très) blonde fille de joie, Vantine (Jean Harlow), au parler aussi rosse que sa chevelure est naturelle. Clark, ou plutôt son personnage, Dennis Carson, l'emballe aussi sec, et s'en accommode quand débarque l'autre femme. Mary Astor, le plus beau visage préraphaélite du cinéma muet - qui rendit fou John Barrymorre - est Mme Willis, "a lady"... [Lire la suite]
10 décembre 2014

Capitaine Blood, de Michael Curtiz (1935): le faux pirate et sa belle

Dans une logique soeurs de Havilland-Fontaine, après Rébecca, passons à Capitaine Blood, film qui signa le renouveau du cape et d'épée, et mis Miss de Havilland, alors âgée de 19 ans, en pleine lumière. L'histoire s'inspire de la grande pour en faire un réjouissant spectacle d'aventures: Peter Blood (Errol Flynn), jeune médecin de son état dans le Londres du XVIIe siècle, se retrouve accusé à tort de complot contre Jacques II. Déporté avec quelques rebelles à la Jamaïque, il est vendu comme esclavage à... Arabella Bishop... [Lire la suite]
29 octobre 2014

Drôle de drame, de Marcel Carné (1937): "à force d'écrire des choses horribles, les choses horribles finissent par arriver".

Drôle de drame est le film de Marcel Carné qui m'a fait le plus rire, plus qu'Hôtel du Nord; cette adaptation d'une pièce de théâtre burlesque de Joseph Storer Clouston est un festival de drôlerie, d'absurde et de saillies spirituelles. Servi par des acteurs venant tous de la scène (Simon, Rosay, Barrault, Jouvet, Aumont), Drôle de drame est le film de Carné le mieux maîtrisé en terme de tempo comique et de dialogues étourdissants. Le point de départ de l’intrigue est un quiproquo presque tragique: une femme refusant... [Lire la suite]