12 mai 2019

Vivre et aimer, de Clarence Brown (1934) : l'ascension sociale de Sadie McKee

Pour les paresseux et paresseuses, la filmographie de Joan Crawford se résume à un western sans intérêt, Johnny Guitare (mais où était donc passé le Nicholas Ray de Traquenard?) et au grotesque Qu'est-il arrivé à Baby Jane? aux côtés d'une Bette Davis en plein cabotinage. Mais Joan Crawford fut beaucoup plus que ça : flapper dans les années 20, jeune femme voulant gravir l'échelle sociale dans les années 30, femme marquée par la vie mais pour laquelle une rédemption est encore possible dans les années 40... et une abstraction très... [Lire la suite]

28 avril 2019

New York-Miami, de Frank Capra (1934) : l'amour au bout d'un voyage en bus

Ah, New York - Miami ! ou Miami - New York, car c'est bien dans ce sens que l'héritière capricieuse et le journaliste fauché voyagent. Premier film à avoir obtenu les cinq Academy Awards majeurs - meilleur film, meilleur réalisation, meilleur scenario, meilleure actrice, meilleur acteur - New York - Miami était pourtant un film auquel personne ne croyait. Tiré d'une histoire que Frank Capra avait lue dans le journal, tourné avec trois kopecks et en trois semaines - une exigence de Claudette Colbert, la star féminine, qui espérait... [Lire la suite]
10 janvier 2018

le Dernier tournant, de Pierre Chenal (1939): James M. Cain dans les Alpilles

Première adaptation du Facteur sonne toujours deux fois, fameux roman policier de James M. Cain, le Dernier tournant est sa version la plus méconnue. Elle n'en n'est pas moins d'une extraordinaire modernité. Le scénario est fidèle au livre, fidèle comme le fut celui de Tay Garnett, qui en signa la plus célèbre adaptation: un vagabond, Franck (Fernand Gravey), arrive, au hasard des routes, dans une station service perdue des Alpilles. Il s'éprend immédiatement de la femme du patron, Cora (Corinne Luchaire). Une... [Lire la suite]
29 janvier 2017

la Belle équipe, de Julien Duvivier (1936): cinq compères gagnent le gros lot

Film symbole des années 30, du Front populaire et des lendemains qui chantent, la Belle équipe, chef-d'oeuvre de Julien Duvivier, est pourtant très difficile à voir. La raison? une guerre entre l'héritier Duvivier et un éditeur potentiel au sujet de la fin du film. Le cinéaste avait tourné une fin tragique; jugée trop négative, les producteurs exigèrent une autre fin, optimiste. Le film, exploité ainsi en 1936, n'a aucun succès. Et pendant soixante ans, Duvivier fils et éditeur se déchirèrent au sujet de la fin à choisir, rendant... [Lire la suite]
08 novembre 2016

Agent X-27, de Josef von Sternberg (1931) : Mata Hari à Vienne

Dans un souci de parallélisme parfait, le tandem Sternberg-Dietrich ripostait systématiquement à chaque nouveau film de Greta Garbo. Garbo, la Divine et l’Européenne, était déjà au firmament lorsque Dietrich débarque à Hollywood. L’ambition de la Paramount, avouée, était de faire de l’Allemande l’unique rivale de la Suédoise, estampillée MGM. Quand Garbo est la Reine Christine, Marlène devient l’Impératrice rouge. Quand Garbo est la Courtisane, Dietrich devient une Blonde Vénus, Quand Garbo tourne Romance, Marlène tourne la Femme et... [Lire la suite]
04 octobre 2016

Coeurs brûlés, de Josef von Sternberg (1930): mon légionnaire

Premier film américain de Josef von Sternberg avec sa muse et medium Marlène Dietrich, Coeurs brûlés souleva immédiatement l'enthousiasme des foules américaines. Il faut dire que tout était réuni pour plaire: exotisme, amours contrariées, premier rôle masculin beau comme un dieu, premier rôle féminin brûlant la pellicule... et un troisième homme s'effaçant avec élégance. Prêt au voyage? À Mogador (aujourd'hui Essaouira), un paquebot débarque avec, à son bord, une chanteuse nommée Amy Jolly (Marlène Dietrich). Sur le ponton, elle... [Lire la suite]

20 septembre 2016

Shanghai Express, de Josef von Sternberg (1932): Marlène, Marlène, Marlène

Curieusement, à l'exception de l'Ange bleu, je n'avais, jusqu'à présent, jamais pu admirer les oeuvres du tandem Sternberg-Dietrich (ou du trio Sternberg-Dietrich-Banton). La rétrospective Sternberg à la Cinémathèque de Paris m'en donne l'occasion, avec Shanghai Express. Le résultat? un film aux jeux de lumières éblouissants, une Marlène plus star que toutes les stars, un partenaire insipide, une Chine pittoresque recréée, un train comme seul lieu d'action, et une histoire, euh, très convenue. Années 30. En pleine guerre civile... [Lire la suite]
24 novembre 2015

Le Bonheur, de Marcel L'Herbier (1934): la star et l'anarchiste

Le Bonheur, de Marcel L'Herbier, est à ne pas confondre avec les films du même nom d'Agnès Varda (1965), de Fabrice Grange (2013) ou d'Alexandre Medvekine (1932). Celui de L'Herbier est inspiré de la pièce d'Henri Bernstein; le film connut un succès considérable lors de sa sortie en salles. D'un côté, Clara Stuart (Gaby Morlay, impériale), star de la scène, du music-hall, de cinéma; de l'autre, Philippe Lutchner (Charles Boyer, impressionnant), caricaturiste anarchiste et fantasque. La première donne un récital où se rend le second... [Lire la suite]
14 novembre 2015

Sérénade à trois, d'Ernst Lubitsch (1933): le dramaturge ou le peintre?

Sérénade à trois, ou Design for living, ne m'a pas intéressée lorsque je le vis pour la première fois. Je m'en souviens, ce film lubistchien en diable clôturait le cycle "l'Âge d'or de la comédie américaine" du Cinéma de minuit. Après l'Impossible M. Bébé (ici), après l'Extravagant Mr Deeds (là), après New York Miami, après Sylvia Scarlett, j'étais déconcertée par cette histoire de ménage à trois, très choquant pour mes yeux d'adolescente. Aujourd'hui, j'ai grandi, j'ai gardé la cassette, j'ai revu le film et... n'en jetez... [Lire la suite]
04 novembre 2015

La Banque Némo, de Marguerite Viel (1934): toute ressemblance avec l'affaire Stavinsky...

Il y a quelque temps, le Cinéma de minuit proposait un cycle intitulé "le monde des affaires au cinéma". Parmi les films proposés, la Banque Némo a retenu mon attention pour une raison simple: c'est l'un des rares films français de l'époque réalisé par une femme. Marguerite Viel, c'est son nom, réalisa quatre films, dont la Banque Némo. Ce fut son dernier film; on perd ensuite sa trace jusqu'à son décès dans les années 70. Je n'ai pas trouvé de biographie digne de ce nom de Marguerite Viel. La Banque Némo, c'est un... [Lire la suite]