Sophia Loren, dans sa vingtième année éclatante, fait tourner en bourrique Marcello Mastroianni, un chauffeur de taxi qu'elle vole. C'est le simple pitch de Dommage que tu sois une canaille. Et la canaille, c'est Sophia Loren.

Avec deux comparses à ses ordres, la belle Lina (Sophia Loren) tente de voler le taxi de Paolo (Marcello Mastroianni). Celui-ci s'en rend compte, et n'aura de cesse, pendant tout le film, d'essayer de dire au père de la belle (Vittorio De Sica), lui-même pickpocket, que sa fille est une voleuse, et de tenter d'amener Lina et ses comparses au commisariat. Mais Lina embobine tant et si bien Paolo qu'il ne peut jamais placer un mot, et finalement, se retrouve à courir sans cesse après Lina, qui fait tout pour qu'il ne cesse pas sa poursuite...

Paolo veut embarquer Lina!

Le cinéma italien des années 50 est presque un instantané vivant: dans les rues de Rome, on ne sait jamais si les ruines qui sont filmées de manière très brèves sont antiques ou dûes aux bombardements. La légèreté du sujet contraste avec le décor qui porte, et c'est bien normal, les stigmates de la guerre. Sophia Loren a vingt ans quand elle tourne Dommage que tu sois une canaille: je lui en donnais 25, tant elle est déjà complètement femme, sans plus rien d'adolescent en elle. Pétillante, pimpante, assurée, poitrine bombée, taille étranglée et port de reine, elle n'a pas à se forcer pour faire tourner en bourrique Marcello. Celui-ci, à son corps défendant, la poursuit sans cesse pour la dénoncer: en blouse et casquette de chauffeur de taxi, il n'a certes pas l'allure éclatante de sa partenaire à l'écran, mais ça fonctionne.

Cette course-poursuite qui n'en est pas une est observée par le regard blasé de Vittorio De Sica, voleur professionnel (cela tient de sa mère) qui se plaint de la mauvaise qualité de son matériel et se lamente de ne pouvoir revendre un magnétophone car le mot RAI est écrit dessus. Bref, une comédie délicieuse, aérienne, contre les coups de blues, où Sophia parle avec un débit impressionnant (c'est pour mieux étourdir Marcello), chante une ritournelle qui rend fou le chauffeur, et... garde sa jolie pilosité sous les aisselles, comme les Italiennes de son temps. Marcello ne s'épile pas, Sophia non plus. On peut être une bombe malgré cela. Merci Sophia.  

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DOMMAGE QUE TU SOIS UNE CANAILLE (PECCATO CHE SIA UNA CANAGLIA)

Documento Film, 1955

Réalisation: Alessandro Biasetti, d'après Il fanatico d'Alberto Moravia

Photographie: Aldo Giordani

Distribution: Marcello Mastroainni (Paolo Silvestrelli), Sophia Loren (Lina Stroppiani), Vittorio De Sica (Vittorio Stroppiani)

Premier visionnage: Cinéma de minuit

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