Un des quatre films compris dans le coffret Clark Gable (avec San Franciscola Belle de Saïgon et Fascination), Franc-jeu est un western pour le moins déroutant. Je ne m'attendais pas à voir Clarki user de la gâchette comme, disons, Gary Cooper ou James Stewart (je ne cite pas John Wayne à dessein, ce dernier n'ayant jamais la cote que Clarki possédait auprès des dames), et, de fait, il ne tire pas un seul coup de revolver. Autre surprise, sa partenaire: Lana Turner, elle aussi peu familière des décors du Far West (je crois bien qu'il s'agit de son unique western). Ceci dit, Franc-jeu n'est pas à dédaigner, pour tout fan de western qui se respecte (je pense ici à Miss Girlie Cinéphilie) comme pour tout amateur de vrais bons films d'Hollywood, période âge d'or.

faut pas la lui faire, à Clarki

Candy Johnson (Clarki) est un escroc à la petite semaine, qui manque de se faire couvrir de goudrons et de plumes (Lucky Luke!) par les habitants d'un cité de l'Ouest. Ces derniers, il faut dire plus que crédules, reproche au Candy man de les avoir grugé au jeu. Candy, pour sa défense, leur propose de leur apprendre tous ses trucs (et torse nu, c'est important)... et parvient à s'enfuir quand ces boeufs humains essayent de comprendre. Avec son acolyte Snipper (Chill Willis), il fuit par le chemin de fer, à la recherche d'une ville où il pourra s'établir de façon, disons, honnête. Comprenez toujours en spoliant ses concitoyens, mais sans que cela se voit. En chemin, il rencontre une belle jeune femme blonde, Elizabeth Cotton (Lana Turner), dont le père se fait passer pour juge, alors que c'est un ancien acolyte de Candy.

l'équipe du saloon

Franc-jeu est un western bavard: pas de chevauché, pas de coup de feu, pas d'Indien ni de scènes extérieures. Ici, tout se passe dans le dialogue, entre Candy (dont le vrai prénom est Jedediah) et Elizabeth, entre Elizabeth et son père, entre Candy et Mme Verner, matrone remplançant au pied levé le pasteur, entre Candy et la ville entière. Si certaines scènes sont assez longues, d'autres sont franchement réjouissantes: le tour que joue Elizabeth à Candy pour se faire épouser est un régal, de même que la séquence de la roulette russe entre Candy et le propriétaire du saloon. Le film part également dans tous les sens: nous étions trois à le regarder, et à aucun moment nous ne savions comment cela allait bien pouvoir se finir. Il y a une fin - au bout de presque deux heures - et elle est ouverte. En revanche, on ne sait pas trop si le film est moral ou amorale: on construit des églises et on prohibe l'alcool, mais le héros tient un cercle de jeu et arnaque tout le monde. Le message passé par les studios n'est pas très clair. C'est bizarre.

les femmes de Franc-jeu: la matrone, la fille légère, la fille à épouser

J'adore Lana Turner; dans Franc-jeu, elle a à peine plus de vingt ans, est déjà une star, et tient tête sans problème à Clarki - qui pourrait être son père. J'ai eu du mal à dater le film: Lana est déjà blonde mais très jeune, Clarki a au moins quarante ans, mais il n'a pas encore cette tristesse sans fin qui marquera son visage après la mort brutale de Carole Lombard. Je n'étais pas tombée loin: Franc-jeu date de 1941, un an avant le décès de Carole, et dernier film que le Roi tourne avant l'entrée en guerre des États-Unis. Le couple Turner-Gable fonctionne bien - ils tourneront quatre fois ensemble. Les autres acteurs font honneur à leur partition. Mention spéciale à la seule spécialiste de western présente dans la distribution: Claire Trevor, dans le rôle de Poussière d'or, entraîneuse-tricheuse, ancienne liaison de Candy, utilisée dans le scénario pour servir de contrepoids à Lana Turner. Un petit détail pour finir: Franc-jeu fut le troisième film le plus populaire aux États-Unis lors de son années d'exploitation. Voilà, bon film!

affiche Franc-jeu

FRANC-JEU (HONKY TONK)

MGM, 1941

Réalisation: Jack Conway

Photographie: Harols Rosson, William H. Daniels 

Distribution: Clark Gable (Candy Johnson), Lana Turner (Elizabeth Cotton), Franck Morgan (juge Cotton), Claire Trevor (Poussière d'or), Marjorie Main (Mme Verner)

Premier visionnage: support DVD

Films avec Clarki: les Désaxés, la Courtisane, Fascination, la Belle de Saïgon, l'Appel de la forêt, l'Esclave libre

Films avec Lana: la Danseuse des Ziegfeld Follies, les Ensorcelés