Depuis quelques années, j'aime beacoup les rôles que Catherine Deneuve choisit: je l'avais trouvée réincarnée en Lana Turner dans 8 femmes, très drôle dans Potiche, émouvante dans Après lui, et impeccable dans Elle s'en va. Quand j'ai su qu'André Téchiné adaptait l'affaire Le Roux au cinéma et que Miss Deneuve serai du voyage, j'étais toute pleine de frissons, car 1. je me suis passionnée, à une époque, pour cette affaire, 2. l'intrigue se passe sur la Côte, 3. Catherine Deneuve en Renée Le Roux, maîtresse-femme s'il en est, ça vaudrait le déplacement. Effectivement, le déplacement valait le coup. J'aime moyennement Téchiné, dont je trouve les films très datés (enfin, ils vieillissent mal), à l'exception peut-être des Temps qui changent, également avec Deneuve. Mais, en mon for intérieur, j'avais la conviction que Téchiné ferait quelque chose de bien avec cette affaire Le Roux, et ce d'autant plus qu'il mit en chantier son film après la conclusion de 37 années d'atermoiements judiciaires. Pour ceux qui ne connaissent pas cette chronique judiciaire, vous pouvez voir le célébrissime Faites entrer l'accusé (ah, Christophe Hondelatte et son blouson de cuir en cuir) sur le sujet et désormais le film de Téchiné.

Agnès Le Roux et Maurice Agnelet

De quoi s'agit-il? Dans les années 70, en 77 exactement, Agnès Le Roux (Adèle Haenel) se volatilise le week-end de la Toussaint. Elle est l'un des enfants de Renée Le Roux (Catherine Deneuve), ancienne directrice du Palais de la Méditerranée, l'un des plus beaux casinos de Nice. Agnès est en conflit avec sa mère au sujet de sa part d'héritage (venant de son père, décédé). Renée Le Roux, qui a investit les parts de ses enfants dans le casino, ne peut le lui donner. Agnès, pour une raison laissée à l'interprétation, décide alors de vendre son vote, lors du prochain Conseil d'administration du casino, à Fratoni, un mafieux notoire voulant faire main basse sur le casino. Renée Le Roux est mise en minorité et perd la direction du casino. Agnès dépose les trois millions de francs qu'elle a reçu pour prix de son vote sur un compte suisse. Puis, quelques semaines plus tard, disparait sans laisser aucune trace. Dans l'enquête sur sa disparition, qui mit un temps infini à démarrer - Agnès étant majeure -, le nom de Maurice Agnelet (Guillaume Canet), avocat et amant de la jeune femme, va vite éveiller les soupçons. C'est lui, "l'homme qu'on aimait trop". Téchiné se charge de faire son portrait, avant, pendant et après sa rencontre avec Agnès. Homme aspirant à la plus haute reconnaissance mais entravé par quelques valeurs qui disparaîtront vie, Agnelet est le personnage central du film - un homme difficile à cerner, et dont il faut juste accepter l'interprétation que peuvent donner de lui ses faits et gestes (avoués et non-avoués).

Mme Le Roux et Agnelet

Téchiné fut prudent: il ne fallait pas risquer une condamnation judiciaire pour diffamation. C'est pourquoi seuls les faits connus sont relatés, avec quelques interprétations sur le caractère d'Agnès, l'origine de ses conflits avec sa mère, et ce qui a pu rapprocher deux personnes aussi différentes qu'elle et Agnelet. Le moteur d'Agnelet, c'est d'être reconnu dans la haute société de Nice par quelque moyen que ce soit - ses talents fort limités d'avocat n'y suffisant pas. Celui d'Agnès, d'être libre financièrement. Celui de Renée Le Roux, de garder le casino légué par son mari et d'empêcher la mafia de mettre la main dessus. La clé de la disparition d'Agnès, l'indice irréfutable que la justice a retenu pour mettre en cause Maurice Agnelet dans la disparition de sa maîtresse, est le compte commun ouvert par les deux amants en Suisse. Une fois Agnès disparue, Agnelet vide le compte quelques mois plus tard.

Un très beau film donc, avec une interprétation de Deneuve toujours impeccable, en directrice de casino comme en mère se battant pour connaître la vérité sur la disparition de sa fille. Guillaume Canet, dans un rôle très particulier, est lui aussi parfait: s'effaçant véritablement devant son personnage, il reste imperméable aux émotions, et reste jusqu'au bout indéchiffrable. Quant à Adèle Haenel, bien qu'elle n'ait pas de ressemblance physique avec Agnès (qui était une beauté), elle est elle aussi extraordinaire, dans ce rôle de fille voulant s'émanciper de sa mère, et tombant sur la mauvaise personne, sans qu'elle le sache jamais.

affiche Homme qu'on aimait trop

L'HOMME QU'ON AIMAIT TROP

Fidélité Productions, Mars Films, Caneo Films, VIP Cinéma, 2014

Réalisation: André Téchiné

Photographie: Julien Hirsch

Distribution: Catherine Deneuve (Renée Le Roux), Guillaume Canet (Maurice Agnelet), Adèle Haenel (Agnès Le Roux)

Premier visionnage: Cinéma Vog

Film d'André Téchiné: les Soeurs Brontë