Ce week-end, ma soeur et moi avons regardé deux films, chacun représentant un large spectre du cinéma que nous aimons: le samedi, c'était Chambre avec vue, de James Ivory; le dimanche, les Compères, de Francis Veber. A priori, rien en commun entre les deux films, si ce n'est d'être de très bons films, chacun dans leur spécialité. Et de démontrer qu'on peut être une inconditionnelle du cinéma nostalgique d'Ivory et adorer la comédie française de Veber (enfin, surtout celle-ci). Les Compères ont une longue histoire familiale. En effet, quand il s'agissait de déterminer quel film regarder en famille (famille composée de filles de 5 à 12 ans), pas trop long et pas trop compliqué, sans sous-titres et un peu drôle, nos Compères décrochaient invariablement la timballe, malgré des ballotages avec la Grande vadrouille ou la Folie des grandeurs. Encore aujourd'hui, je connais les dialogues par coeur, et à force d'avoir vu ce film, je regarde maintenant de petits détails presque insignifiants dans le décor; surtout, pour moi, les Compères sentent bon l'enfance et les années 80.

Tiens, c'est ton fils à toi aussi?

Comme dans beaucoup de films de Francis Veber, l'histoire est simple: Tristan, 17 ans, fait une fugue. Sa mère, Christine (Annie Duperey), désespérant de voir la police et son mari se bouger, contacte d'abord Jean Lucas (Gérard Depardieu), un ancien ami à elle, afin qu'il se lance à sa recherche. Pour l'y inciter, elle lui annonce que Tristan est son fils. Lucas ne répond rien, Christine se tourne vers un autre ami, François Pignon (Pierre Richard), à qui elle raconte la même chose. Pignon, enthousiasmé, se précipité à Nice pour chercher celui qu'il aime déjà comme un père. Entre-temps, Lucas, journaliste couvrant la guerre des casinos à Nice, décide lui aussi de chercher le garçon. Évidemment, les deux hommes que tout oppose se rencontrent.

Le Gégé, faut pas l'énerver. Tristan la met en veilleuse/

Avec des dialogues percutants, une mise en scène efficace et des acteurs jouant comme on respire, les Compères ne peuvent qu'emballer les spectateurs recherchant un film drôle, allant à cent à l'heure, tourné uniquement en décors naturels (Nice et la Côte), bref un film énergique. Cependant, le metteur en scène ne néglige pas tout ce que sont les détails d'un film, et qui lui donne son prix: la recherche de Tristan se double de la poursuite de Lucas par deux mafieux; la paternité inattendue que découvre Pignon et Lucas, leur façon de s'imaginer ce fils qu'ils ne connaissent pas; les endroits représentatifs des 80's où allaient les jeunes plus ou moins fréquentables - salles de jeux et baby-foot en plein air, patinoire. Depardieu est l'homme d'action, qui cogne comme il parle, et ça marche; Richard le dépressif, hypersensible mais touchant de maladresse, et ça marche aussi. Le duo, déjà connu grâce à la Chèvre, fait des étincelles d'une telle évidence qu'on se croit au temps de Laurel et Hardy. Deux scènes jubilatoires pour moi: Tristan, Pignon et Lucas dans un troquet coupe-gorge, où Lucas explique à Pignon la technique du coup de boule, pour assommer un blouson noir qui embête "leur fils"; et Pignon et Lucas découvrant pour la première fois Tristan, alors cuit comme une râble, chacun essayant de lui trouver des caractéristiques physiques bien à lui.

C'est aussi une époque où tous les hommes, instituteur (Pignon) comme journaliste (Lucas), portent des costumes, même en vacances; où un journaliste est logé par sa rédaction dans une suite du Negresco (...); où personne ne met sa ceinture au volant; où la mode, pour être un rebelle, c'est pas d'être en jean (ça c'est petit rebelle), mais en cuir noir; où pour aller de Paris à Nice avec zéro thune, on fait du stop; et où le plein de super coûtait 300 francs, même pour une BMW. La paternité est évoquée de manière touchante, jamais mièvre: Tristan a fuit Paris en partie à cause d'une totale mésentente avec son père (Michel Aumont). Retrouvé à Nice par deux types qui se disputent ses chromosomes, il découvre que son père n'est ni meilleur ni pire que d'autres, et que certains hommes peuvent être émus de se découvrir brusquement père.

Un top film, avec tout ce qu'il faut pour passer un bon moment. Et même plus. En sifflant la musique de Vladimir Cosma.

affiche Compères

LES COMPÈRES

Fideline Films / Efve Films / D.D. Productions, 1983

Réalisation: Francis Veber

Photographie: Claude Agostini

Distribution: Pierre Richard (François Pignon), Gérard Depardieu (Jean Lucas), Annie Duperey (Christine), Michel Aumont (Paul), Stéphane Bierry (Tristan)

Premier visionnage: M6