Ascenseur pour l'échafaud fait parti de ces films qui, lorsqu'on les visionne trop jeune, ont un intérêt très limité. Je devais avoir 12 ans lorsque je l'ai vu pour la première fois, dans le cadre, à la télévision, d'une rétrospective Louis Malle. Je n'avais pas vraiment aimé, et la musique de Miles Davis n'avait aucun sens pour moi, elle était même très agaçante. J'ai cependant gardé la cassette, car à l'époque, je collectionnais les films qui donnaient un air sérieux à une vidéothèque, même si je ne les aimais que moyennement. Mes deux soeurs ont vu le film plus tard, au même âge que le mien: idem, elles ont trouvé ça très pénible - pensez, un film sur un gars qui passe sa nuit dans un ascenseur! Mais il ne faut jamais se fier à ses impressions d'adolescente! Bon, parfois elles sont justes (les westerns italiens, c'est fait pour les mecs, point barre), et parfois, elles méritent qu'on y reviennent. Ascenseur pour l'échafaud attendait tranquillement dans sa boîte, et dans le cadre d'une re-découverte des films marquants du cinéma français années 50, je m'y suis replongée. Et j'ai bien fait.

Seul allié dans l'ascenseur: un paquet de cigarettes

C'est donc l'histoire de Florence Carala (Jeanne Moreau), femme d'un riche industriel, qui fait tuer son mari par son amant, Julien Tavernier (Maurice Ronet), un ancien légionnaire d'Indochine, et également bras droit du mari en question. Bien sûr, les choses s'enrayent: ayant oublié un indice sur la fenêtre de Carala, Julien remonte dans l'immeuble... et se retrouve coincé dans l'ascenseur, que le gardien désactive pour la nuit. Pendant ce temps, Florence, qui l'attend, voit passer sa belle voiture sur les Champs, sans qu'elle s'arrête, et pour cause: une petite frappe (Georges Poujouly) et son amie fleuriste (Yori Bertin) l'ont volée. Ainsi commence une très longue nuit, Julien dans l'ascenseur, n'ayant aucun moyen d'en sortir; et Florence, errant dans les rues de Paris à la recherche de Julien...

Florence Carala en plein tourment

C'est un Paris désert qui est filmé, une société où les policiers connaissent les épouses des riches industriels, où les motels (appelés bungalows) font leur apparition, où les anciens militaires se reconvertissent dans l'industrie avec brio. C'est aussi une époque où l'on appelle les cadres Monsieur suivi de leur prénom, où porter un blouson noir était synonyme de vague rebellion, où le divorce par consentement mutuel n'existe pas, où la justice française prononce encore des condamnations à mort. Tout cela mis ensemble donne un film au regard panoramique sur les années 50, la France de Mongénéral (encore), les liaisons adultères et leurs conséquences. La voiture de Julien, une Mercedes décapotable et imposante, qui est un élément central du film, est un véritable marqueur social : Louis, le blouson noir, la vole pour impressionner son amie, et tous deux passent pour des jeunes gens bien nés aux yeux du couple allemand rencontré au motel, alors que de toute évidence, ils n'en ont ni les codes, ni l'allure.

Un bien joli film, au final, avec une atmosphère très particulière; seule la trompette de Miles Davis rythme les heures interminables de la nuit, l'errance de Florence dans Paris jusqu'au petit matin, l'enfermement de Julien dans 2 mètres carré, qui préfigurent presque une future cellule. Aucun moyen de se joindre, ou de s'appeler. Seule la confiance mise en l'autre peut éviter de sombrer dans le désespoir. Aussi Florence, assaillie par les doutes, préfère-t-elle impaginer le pire plutôt que la lâcheté de Julien face au crime qu'elle lui a demandé de commettre. La nuit est sombre, le matin le sera aussi. 

affiche Ascenseur pour l'échafaud

ASCENSEUR POUR L'ÉCHAFAUD

Lux, 1958

Réalisation: Louis Malle, d'après un roman de Noël Calef (éd. Fayard)

Photographie: Henri Decae

Distribution: Jeanne Moreau (Florence Carala), Maurice Ronet (Julien Tavernier), Georges Poujouly (Louis), Yori Bertin (Véronique), Jean Wall (Simon Carala), Ivan Petrovich (Horst Bencker), Félix Marten (Christian Subervie), Lino Ventura (commissaire Cherrier)

Premier visionnage: France 3

Films avec Maurice: Plein soleil