A l'heure où, lors des derniers appels aux urnes, les citoyens français qui remplissaient leur devoir d'électeur - donc de citoyen - donnaient, pour le plus grand nombre, leurs voix à ceux qui crient le plus fort, il est nécessaire de se rappeler ce documentaire de Frédéric Rossif, retraçant la montée, le triomphe et le jugement du plus atroce totalitarisme du XXe siècle. Il aura fallu une guerre mondiale pour le détruire, mais, hélas, ses relents se relèvent de façon régulière.

A l'intérieur de ce documentaire, il y a naturellement la Seconde Guerre mondiale, et, en particulier, le régime de Vichy, avec sa doctrine réactionnaire, xénophobe, misogyne et antisémite, ce qu'on appelle le pétainisme, et sur lequel a été fondé, dans les années 70, le parti qui crie plus fort que les autres. Illustré uniquement d'images d'archives, de témoignages de vivants scrupuleusement choisis (une Polonaise qui vécut l'invasion de son pays, un aviateur britannique, un Français de Londres, un Russe qui se retrouva incorporé lors de l'opération Barbarossa, un rescapé des camps), soutenu par une narration admirable d'éloquence et de sobriété écrite et dite par Philippe Meyer, De Nuremberg à Nuremberg a cette force d'être plus qu'un simple documentaire, mais un livre d'histoire complet, fait avec l'intention de faire réfléchir les générations présentes et futures sur ce qui fut, il y a moins de quatre-vingts ans. 

Les habiles lumières distillées sur les personnes, parfois très discrètes et parfois oubliées, qui ont lutté contre ce Mal - le pasteur Schneider, Jacques Bonsergent, le dominicain Köhl, Margaret Burber-Neumann, l'évêque de Munster Clemens von Galen, Pierre Brossolette, Missak Manouchian, Antoine de Saint-Exupéry, Hans et Sophie Scholl - nous montrent que, même au sein de la nuit et de l'horreur, même si l'on est cerné par la mort, on peut encore se battre pour ce qui est juste.

Dans son introduction à De Nuremberg à Nuremberg, Philippe Meyer dit: "Nous voulions que cette mémoire nous permette de comprendre comment tant de Mal a été possible, et comment tant de Mal a été vaincu, car ce Mal a été possible, et il a été vaincu, et c'est l'énigme que, les unes après les autres, les générations doivent et devront affronter." Alors, n'oublions jamais de nous souvenir que, en Europe et à l'exception de l'Espagne, il y a quatre-vingts ans, l'extrême-droite est arrivée au pouvoir par les urnes. Et qu'il a fallu une guerre et combien de morts pour la vaincre.

affiche

DE NUREMBERG À NUREMBERG

Jean Frydman, 1989

Réalisation: Frédéric Rossif

Teste dit et écrit par Philippe Meyer

Musique: Vangélis