Quand on voit Coup de tête, on croit d'abord voir un film de Francis Veber: il en est effectivement le dialoguiste, et le héros s'appelle François Perrin (Pignon, sort de ce corps). Mais il est réalisé par Jean-Jacques Annaud, dont la mise en scène un peu poussive marque bien son état de "début dans la réalisation" de son réalisteur (c'est en effet le deuxième). 

L'histoire: un gars un peu bourrin, François Perrin (Patrick Dewaere), joue dans le club de football de Trincamp, en même temps qu'il est employé dans la principale usine de la ville, dirigée par Sivardière (Jean Bouise), également président du club. A la suite d'une accusation de viol contre lui (faite en réalité pour couvrir le véritable auteur du crime, le joueur vedette du club), Perrin est emprisonné. Il est sorti de prison par Sivardière pour un match important, afin de remplacer le fameux joueur, désormais blessé. Le club gagne; porté en triomphe, Perrin savoure sa revanche et prépare sa vengeance contre ceux qui l'ont injustement mis au trou.

Le film est daté, c'est un premier fait. Les acteurs jouent parfaitement leur partition, et c'est un beau panel de seconds rôles qui est réuni: Jean Bouise, Michel Aumont, Paul Le Person, Corinne Marchand, Roger Dalban, Gérard Hernandez, Michel Fortin, Dora Doll, etc. Je suis plus réservée concernant le jeu de Patrick Dewaere: je ne l'avais pas encore vu dans un premier rôle. Comment dire, sans blesser toutes les personnes qui l'encensent: je ne l'ai pas trouvé très naturel dans son jeu. J'oserai même dire que son jeu a un peu vieilli. Acteur instinctif, c'est certain, qui joue de sa fragilité, c'est certain aussi. Dans ce rôle de pauvre type - ou d'abruti, j'y ai moyennement cru.

Ce qui, en revanche, m'a mis franchement mal à l'aise, c'est l'utilisation abusive du mot "viol". Le personnage de Patrick Dewaere, ayant réussi à s'échapper du fourgon qui l'emmène au match de Trincamp, se précipite chez sa prétendue victime et lui dit:

- Il paraît que je vous ai violée, alors je vais le faire.

N'y arrivant pas, il déclare: "Eh non, parfois j'arrive à violer sans problème, mais là, ça veut pas", c'est choquant. Mais quand ce même personnage, ayant enlevé la femme du Président (Corinne Marchand) pour se venger, lui assène:

- Finalement, Madame la Présidente, je vais faire pire que vous violer; je vais vous laisser faire 15 kilomètres à pieds pour rentrer.

C'est franchement limite. Clairement, on voit bien que dans la société des années 70 le viol n'était pas reconnu comme un crime (il le sera en 1982), et qu'il est traité de façon extrêmement légère. La victime, Stéphanie (France Dougnac), est également dessinée de façon très surréaliste: elle se fait violer, Perrin veut la violer, elle le rattrape, l'aide, et finalement l'attend pour l'aimer! En fait, c'est simplement grotesque.

Un film à oublier donc.

affiche Coup de tête

COUP DE TÊTE

SFP Productions, 1979

Réalisation: Jean-Jacques Annaud

Photographie: Claude Agostini

Avec: Patrick Dewaere (François Perrin), France Dougnac (Stéphanie), Dorothée Jemma (Marie), Corinne Marchand (la Présidente), Maurice Barrier (le patron du café), Paul Le Person (Lozerand), Michel Aumont (le concessionnaire), Jean Bouise (Sivardière).

Premier visionnage: un support numérique acheté par mon père. Circulez