Il y a beaucoup d'exégètes de Godard, de Bardot, voire de Piccoli ou de Fritz Lang qui ont déjà écrit et disséqué le Mépris. Je ne peux que dire mon sentiment face à ce film, souvent cité comme LE film ultime sur - et avec - Bardot, et le film de Godard le plus "grand public". L'histoire, tirée d'un roman d'Alberto Moravia: un scénariste (Paul) accepte un travail de réécriture de scénario; sa compagne (Camille), qui le suit sur les lieux du tournage, semble être poussée dans les bras du producteur par Paul; de là naît une colère, puis le mépris de Camille pour Paul, qu'elle juge faible.

Piccoli seul à Malaparte

Quand j'ai vu le Mépris pour la première fois, j'étais trop jeune: j'ai trouvé l'histoire pompeuse, Piccoli sans intérêt, BB sans plus, Fritz Lang sacrifié. Seule la musique de Georges Delerue m'avait plu - et surpris: j'imaginai pour un Godard une partition très contemporaine, style Ascenceur pour l'échafaud. Revu la semaine dernière, le Mépris prend désormais tout son sens: il faut en avoir bavé en amour et être devenu presque adulte pour saisir toutes les fines nuances de la désintégration de l'amour de Camille pour Paul. C'est aussi l'histoire de Paul qui ne comprend pas que sa compagne le quitte non pour un autre, mais à cause de lui. Ce fut la révélation, la clé qui me manquait pour apprécier le film.

Est-ce pour autant que j'ai aimé? Je n'arrive pas à le dire. Je trouve décidément Godard très pontifiant, trop sûr du chef-d'oeuvre qu'il fait: sa voix annonçant le générique me déplait, elle a un côté "vous allez voir ce que vous allez voir". Les images sont somptueuses (les scènes tournées à la villa Malaparte particulièrement), avec des camaïeus de couleurs extraordinaires, qui sont autant lumineux que l'humeur de Camille est noire. Michel Piccoli est admirable en homme faible, ne voulant inconsciemment pas comprendre pourquoi son couple se délite; Jack Palance est toujours à son aise; Fritz Lang ne fait que passer (contrairement à Cecil B. deMille dans Boulevard du crépuscule); enfin Brigitte Bardot, cheveux lâchés, chemisier cintré, taille de guêpe ceinturée, jupon volant, pieds nus, filmée comme la quintessence de la femme libre, qu'elle incarne sans affectation, et sans effort. Et même si on sent bien que Godard avait la volonté de faire que le Mépris soit le plus grand film de la star, je ne peux m'empêcher de la trouver bien plus jolie, et bien plus authentique, dans la Vérité, d'Henri-Georges Clouzot.

Godard et Bardot

LE MÉPRIS

Rome-Paris Films, Les Films Concordia, Compagnia Cinematografica Champion, 1963

Réalisation: Jean-Luc Godard, d'après le roman d'Alberto Moravia (éd. Flammarion)

Photographie: Raoul Coutard

Avec: Brigitte Bardot (Camille), Michel Piccoli (Paul), Jack Palance (le producteur), Giorgia Moll (Francesca), Fritz Lang (lui-même)   

Premier visionnage: La Cinquième (!!!!), "100 ans de cinéma français"

Films avec Brigitte: la Vérité

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